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Aux Rencontres de Cybèle d’EuroMed-IHEDN (Paris) :

Henry Marty-Gauquié : « Les pays MED ont bien résisté à la crise, avec un courage qu’il faut saluer »

Tous pays UPM | 7 janvier 2011 | src.LeJMED.fr
Paris -

Les Rencontres de Cybèle, organisées par l’association Euromed-IHEDN, ont tenu leurs premières tables rondes à l’École militaire (Paris), vendredi 17 décembre 2010, avec la participation de nombreuses personnalités (1). Au programme : les conséquences de la crise économique et financière sur les pays méditerranéens, et sur la relation euroméditerranéenne.

Photo ci-dessus : Henry Marty-Gauquié, Directeur représentant la BEI à Paris. © LeJMED.fr - décembre 2010


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De gauche à droite sur la photo : Jean-Yves Moisseron, économiste, chercheur à l’Institut de Recherche sur le Développement, professeur à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, et à l’EHESS ; Jean-François Daguzan, maître de recherche à la FRS, rédacteur en chef de la revue Maghreb-Machrek, modérateur des conférences ; Henry Marty-Gauquié, directeur représentant du Groupe BEI à Paris, en charge des liaisons avec les organisations internationales ; Gonzalo Escribano, professeur au sein du département d’économie appliquée (UNED), diplômé en économie (Ph.D) de l’université de Complutense de Madrid. © LeJMED.fr - décembre 2010

Principal orateur, Henry Marty-Gauquié, Directeur représentant la BEI à Paris, dressa un tableau exhaustif des conséquences de la crise sur les pays méditerranées. Et, tout d’abord, le constat qui a pu surprendre nombre d’observateurs et de gouvernants : « les pays MED ont bien résisté à la crise, et avec un courage qu’il faut saluer », déclara Henry Marty-Gauquié.

« Bien résisté », expliqua-t-il, car ils ont tout de même gardé une croissance positive, en moyenne de 3,7 % en 2009, alors qu’ils ont subi fortement le contrecoup de la crise financière : « Ce n’est pas la crise financière qui les a impactés, mais la récession des pays développés, notamment l’Europe, qui a entraîné une baisse brutale de la demande externe – commerce extérieur -30 %, tourisme -5% – et des flux financiers : IDE en chute de 31 %, transferts des migrants en recul de 21 %… ».

Cette capacité de résistance, note encore HMG, s’explique par plusieurs facteurs : tous, à l’exception du Liban, ont été très attentifs à ne pas trop s’ouvrir à la circulation des capitaux et, de ce fait, leur système bancaire n’a pas été pollué ; depuis quinze ans, et c’est un acquis du Processus de Barcelone qu’il faut relever, la plupart des pays MED ont modernisé leur économie, et cela les a renforcés ; leur modèle de croissance, fondé sur le dynamisme démographique et l’accumulation de capital, s’avère encore pertinent, même si l’on sait déjà qu’il ne pourra perdurer au-delà de 2020 ou 2030, avec l’inversion de la cloche démographique, et le ralentissement, déjà à l’œuvre, de la productivité par tête de l’accumulation de capital ; leur attractivité s’est maintenue, aucun d’eux n’ayant vu sa « note » rabaissée, le Maroc ayant même réussi à… améliorer sa notation !

Cela dit, le contrecoup de la crise financière est bien réel : la réduction des flux financiers (IDE, transferts des migrants) et commerciaux internationaux a tout de même provoqué une contraction de la croissance et des équilibres budgétaires, d’environ 2 %.

Et si HMG tient à saluer « le courage » dont plusieurs pays MED ont fait montre, c’est qu’ils ont osé prendre très vite des mesures anti-cycliques, en soutenant par exemple consommation et exportation, en indemnisant les chômeurs, en sélectionnant de préférence, comme au Maroc, les IDE susceptibles de générer un véritable effet de levier.

Quelles conditions pour une sortie de crise optimale ?

Ce constat établi, quelles pourraient être les conditions d’une sortie de crise optimale pour les pays du sud, et quelles conséquences de la crise peut-on observer sur les relations euro-méditerranéennes ?

Sur le premier point, il apparaît que « les atouts qui ont protégé les pays MED face à la crise deviennent des handicaps dans la sortie de crise ». Et il est communément admis par les économistes que pour les surmonter, ces pays auraient intérêt à : progresser sur la voie de l’intégration sud-sud, afin d’offrir aux investisseurs un marché qui, potentiellement, représente plus de 200 millions de consommateurs ; poursuivre l’amélioration du climat des affaires, et créer un environnement favorable à l’investissement privé, ainsi qu’au partenariat public-privé (PPP) ; cibler systématiquement les IDE qui conduisent à des transferts de technologie et qui induisent des spécialisations à haute valeur ajoute pour les PME locales.

Sur le second point, il convient de relever qu’avant la crise, l’Europe était une zone à croissance faible mais homogène. La crise a fait exploser cette homogénéité, avec un flanc Sud (-7 % pour le PIB de la Grèce) et Est (-15% pour le PIB de l’Ukraine) très fragilisés. « C’est au Sud de la Méditerranée que la croissance est désormais la plus forte et la plus homogène, observe HMG. De ce fait, l’Europe a encore plus besoin qu’avant des pays MED. Nous devons donc créer une relation plus forte dans l’EuroMéditerranée, car la crise accélère la redistribution mondiale. Ce basculement fait ressortir la fragilité de l’EuroMéditerranée : elle présente un fort potentiel, mas c’est aujourd’hui la seule grande région du monde sans gouvernance partagée (…) Il faut que tous nous acceptions de penser l’avenir différemment, en définissant nos objectifs ensemble au niveau régional méditerranéen, trouver de nouvelles formes de partenariats, accepter aussi l’idée de la réciprocité de l’accès aux marchés – des biens, mais aussi des services – et, bien sûr, de la mobilité : des capitaux, des entreprises, des personnes ».

« La fatigue institutionnelle »

Intervenant à son tour, l’économiste Jean-Yves Moisseron laisse apparaître un réel désenchantement.

Selon lui, le projet euroméditerranéen serait désormais handicapé par « la fatigue institutionnelle des pays du Sud », qui, après l’échec relatif du Processus de Barcelone, voient maintenant l’UPM aller à son tour « vers un échec quasi total ». « On risque fort d’avoir érodé notre [des pays UE] crédibilité », souligne-t-il, pessimiste. « L’enjeu, conclut-il néanmoins, c’est d’être très ambitieux, car ce qui se profile au-delà [de l’UPM], c’est la sphère d’influence avec laquelle se développera l’Afrique ».

Gonzalo Escribano, professeur universitaire espagnol, intervient dans le même sens : avec l’éviction de Miguel-Angel Moratinos du ministère des Affaires étrangères espagnoles, l’UPM a perdu l’un de ses plus ardents défenseurs. Sa remplaçante, Madame Trinidad Jimenez, affiche un tropisme bien plus attiré par le grand large latino-américain. Et, puis, relève encore Gonzalo Escribano, le « modèle européen », tel qu’il a pu réussir en Espagne – mise à niveau économique rapide, démocratie – et-il encore attractif ? Crédible ?

En tout cas, estime l’universitaire espagnol, si les incitations financières vont s’avérer de plus en plus difficile à déployer – L’Europe n’a plus les moyens dont elle disposait lors de l’intégration de l’Espagne –, il faudrait en changer les conditionnalités : « jusqu’ici, au Sud, les bénéfices de la croissance ont été capturés par les nantis (…) Le modèle d’incitation devrait [donc] changer », afin de favoriser une croissance « plus inclusive », conclut, en substance, Gonzalo Escribano, reprenant cette expression de « croissance inclusive » qu’Henry Marty-Gauquié avait lui-même utilisée dans sa conclusion : « 2 ou 3 points de croissance manquent aux pas du Sud pour résoudre leurs problèmes. Il faut que leur croissance soit plus inclusive, qu’elle profite plus aux classes défavorisées, sinon on ne peut exclure l’éventualité de révolutions sociales. Certains pays l’ont d’ailleurs compris, et commencent à agir en ce sens… ».
À bon entendeur…

Alfred Mignot – LeJMED.fr

==

(1) – Les personnalités ayant participé aux tables rondes : Guillaume Almeras, consultant international, co-auteur de « Méditerranée 2030 » ; Akram Belkaïd, journaliste, spécialiste économique et du monde arabe, plus spécifiquement du Maghreb ; Azzam Mahjoub, professeur émérite en sciences économiques et expert international ; Henry Marty-Gauquié, directeur représentant du Groupe BEI à Paris, en charge des liaisons avec les organisations internationales ; Gonzalo Escribano, professeur au sein du département d’économie appliquée (UNED), diplômé en économie (Ph.D) de l’université de Complutense de Madrid ; Jean-Yves Moisseron, économiste, chercheur à l’Institut de Recherche sur le Développement, professeur à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, et à l’EHESS. En présence des membres du Conseil scientifique suivants : Jean-Paul Chagnollaud, professeur des Universités, rédacteur en chef de la revue Confluences Méditerranée ; Jean-François Coustillière, contre-amiral (2S) ; Jean-François Daguzan, maître de recherche à la FRS, rédacteur en chef de la revue Maghreb-Machrek ; Dominique David - directeur exécutif de l’IFRI ; Pierre Lafrance, Ambassadeur de France ; Michel Masson, général de corps aérien (2S) ; Antoine Sfeir, directeur de la rédaction des Cahiers de l’Orient, président du CERPO ; Giovanna Tanzarella, déléguée générale de la Fondation René Seydoux pour le monde méditerranéen ; Benjamin Stora, professeur d’Histoire du Maghreb à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).


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