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Bouchra Ouizguen –

Une « femme en mouvement », pionnière de la danse marocaine contemporaine

Maroc | 27 mars 2011 | src.LeJMED.fr
Marrakech -

Avec son dernier opus, « Madame Plaza » (1), Bouchra Ouizguen nous invite à une heure de liberté, dans un langage entre voix et danse. Mais, « Madame Plaza » est bien plus que de la danse, c’est une école de la pensée, celle qui invente une grammaire contemporaine de la danse marocaine qui se nourrit de liberté, de croisements entre des êtres et leurs modes d’expression, et sublime les diversités esthétiques.

Rencontre avec Bouchra Ouizguen, lors de sa venue à Aix-en-Provence, à l’invitation du Ballet Preljocaj / Pavillon noir dans le cadre du temps fort qu’il organisait autour de la Journée Internationale des Femmes, en mars 2011.

Photo ci-dessus : La chorégraphe et danseuse Bouchra Ouizguen, au Pavillon noir à Aix-en-Provence, le 9 mars 2011 © Nadia Bendjilali


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« Madame Plaza », pièce pour 4 danseuses de Bouchra Ouizguen © Hibou photography

Bouchra Ouizguen a débuté par la pratique de la danse orientale, suivons-là dans le récit de ce parcours autodidacte jusqu’à la rencontre avec la danse contemporaine :

« A l’âge de 15 ans, alors que je m’installais à Marrakech, je me suis passionnée pour la danse orientale. D’un spectacle de fin d’année au lycée, me voilà à faire des spectacles de danse dans les hôtels, profitant de la réalité touristique de la ville. C’est formidable puisque la danse m’a d’abord apporté une autonomie financière, fait notable dans un pays comme le Maroc, pour une fille très jeune, et notamment d’habiter seule et de pouvoir utiliser ces revenus pour me former.

Au rythme de 3 à 4 spectacle par mois, tout en poursuivant mes études, j’ai pratiqué la danse orientale au sens classique du terme durant 5 ans environ. Puis, à l’âge de 20 ans, j’ai ressenti le besoin d’enrichir cette pratique par la création de performances. Prise de risques qui s’est immédiatement traduite par une réduction du nombre de mes contrats.

Changement de costume, plus de séduction, plus de sensualité, plus rien. La destruction du féminin comme on l’entend dans l’univers du tourisme, d’une certaine idée de ce qu’il convient d’offrir comme danse.

Ma rencontre avec la danse contemporaine se fait par la découverte d’un spectacle de Georges Apaix, chorégraphe français de Marseille, à l’Institut français de Marrakech : c’est la révélation !

En pleine interrogation sur mon devenir, je découvre les possibles de la danse. Moi, qui ne connaissais que Michael Jackson et Samia Gamel (dont je reconnais la richesse du vocabulaire), je trouvais là un espace qui me permettait les questionnements dans l’art : le croisement danse et mots, voix et corps. »

De stages en formations, elle créée son premier solo « Ana Ounta » en 2002, dans le cadre du projet « Prière de regarder » sous l’impulsion et la direction artistique de Mathilde Monnier. « 2002, c’est également l’année de création de la compagnie Anania, avec Taoufik Izeddiou et Saïd Aït El Moumen au Maroc. En somme, un moment d’aller-retour entre ma formation de danseuse/interprète avec Mathilde à Montpellier, et cette aventure de création de la première formation de danseurs à Marrakech. »

Une danse à l’image d’un pays

La question de révéler une danse contemporaine au Maroc et non une danse contemporaine de France exportée au Maghreb, est une des matrices du travail de création de Bouchra Ouizguen.
« Je vis dans un pays qui est le Maroc et je suis dans des questionnements qui prennent racine dans mon pays. Les problématiques artistiques que j’explore sont liées à ce territoire : si le chant, le théâtre et la danse se mêlent, c’est tout naturellement à l’image du pays. Des questions qui dépassent le simple fait de la danse : ce qui me touche, me révolte, me donne envie de réagir. Et du fait que je n’exclus pas de questionner sous d’autres formes à l’avenir : photographies, vidéo, écritures. La vie en Méditerranée nourrit mon imaginaire du mouvement, un imaginaire mouvementé, en somme. »

Pour ce qui concerne son implication dans le développement de la danse au Maroc, aujourd’hui la chorégraphe est dans une période de mutation. Après plus de dix ans de militantisme, si elle reste convaincue de l’importance de développer le sixième art dans son pays, elle choisit d’autres moyens d’action :
« Depuis les années 2000, en dehors de mes créations, je milite dans la cité pour que des formations gratuites en danse contemporaine existent, mais aussi via un festival, car c’était vraiment nécessaire. En 2011, plus précisément depuis un mois (le dernier festival « 0n Marche »), j’ai décidé de militer à partir de la création exclusivement et de me retirer des autres activités.
Je suis dans un moment de retournement des choses dans ma vie d’artiste et de femme. « Madame Plaza » c’est aussi ça : la création qui fait avancer les choses, qui génère en soi une avancée. Ce travail avec les Aïtas (2), à partir d’elles, de notre rencontre, à mon sens peut apporter de la crédibilité au service de la danse contemporaine au Maroc et j’ai envie de mettre mon militantisme à cet endroit aujourd’hui. »

La suite du voyage c’est cela : une tournée internationale pour le spectacle « Madame Plaza », un documentaire-fiction autour des nombreux matériaux produits par le quatuor savoureux composé par les trois Aïtas et la chorégraphe, une prochaine pièce. Un projet de collaboration avec l’écrivain marocain Abdellah Taïa est aussi en cours, pour être présenté en 2012 dans le cadre de Montpellier Danse. « Tout est ouvert » conclut cette femme pétillante, pleine d’envies de rencontres émotionnelles et esthétiques.

Bref, une femme à l’image de la danse qu’elle construit : hors norme et nourrie de rencontres fortes. Une artiste méditerranéenne qui ouvre l’esprit et l’imaginaire. Qui invite à un art qui cherche plus loin que ce qu’il donne à entendre ou à voir. De l’expression dansée au choc esthétique et émotionnel. De ce choc à l’interrogation du monde dans son acception d’altérité. Et nous nous en réjouissons.

Nadia Bendjilali

◊ ◊ ◊

(1) - En 2010 « Madame Plaza » a reçu le prix de la révélation chorégraphique SACD et la mention spéciale syndicat de la critique théâtre musique

(2) – Les Aïtas, femmes superbes, chanteuses de cabaret marocain qui ont choisi leur art, comme les geishas, au prix du reniement familial, de l’incompréhension d’une grande partie de la société mais pour le plus grand bonheur des connaisseurs.

« Madame Plaza » en tournée :
- le 20 mai 2011 à l’Arsenal à Metz
- du 22 au 24 mai 2011 aux Halles de Shaerbeek / Kunsten Festival des Arts

Et aussi :
« Voyage Cola », une collaboration de Bouchra Ouizguen et Alain Buffard, dans le cadre des Sujets à Vif / Festival d’Avignon, du 8 au 14 juillet 2011, au Jardin de la Vierge du Lycée Saint Joseph …

La Bio Express de Bouchra Ouizguen
1980 - Naissance à Ouarzazate
1999 - Découverte de la danse contemporaine à l’Institut français de Marrakech
2002 - Création de la compagnie Anania avec Taoufik Izeddiou et Saïd Aït El Moumen
2005 - Co-organisation des Premières Rencontres Chorégraphiques de Marrakech, festival « On Marche ! »
2006-2010 - les solos « Ana Ounta » , « Mort et moi » , et les duos « Déserts , désirs », « Aïta » vont précéder sa première pièce de groupe Madame Plaza.

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