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Turquie et Arménie attendent beaucoup
de leur « accord historique » du 10 octobre

Turquie | 12 octobre 2009 | src.OVIPOT
Ankara - Erevan - Samedi 10 octobre, à Zürich (Suisse), l’Arménie et la Turquie ont signé un accord historique, qui va leur permettre de normaliser leurs rapports, c’est-à-dire d’établir des relations diplomatiques et d’ouvrir la frontière qu’elles ont en commun. Pour entrer en vigueur, les deux protocoles doivent encore être ratifiés par les parlements des deux pays.

Ce sont les ministres des affaires étrangères des deux pays, Edouard Nalbandian (à gauche sur la photo, © DR) et Ahmet Davutoğlu (à droite), qui ont paraphé les deux protocoles qui constituent le corps de cet accord, en présence de la conseillère fédérale helvétique, Micheline Calmy-Rey, de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, des ministres français, russe et slovène des affaires étrangères, Bernard Kouchner, Sergueï Lavrov, Samuel Zbogar (ce dernier présidant actuellement le Comité des ministres du Conseil de l’Europe), et enfin du Haut Représentant de l’UE pour la politique extérieure, Javier Solana. Mais, jusqu’au bout le suspens sur l’issue positive du processus engagé aura été entretenu. Car, la signature des protocoles en question a été retardée de 3 heures, un désaccord étant intervenu sur le contenu du discours qu’Ahmet Davutoğlu devait prononcer, à l’issue de la cérémonie.

Les avancées de « la diplomatie du football »

Les médias ont immédiatement largement salué l’événement. Rappelons qu’il trouve sa source dans la venue du président turc, Abdullah Gül, à Erevan, en septembre 2008, à l’invitation du président arménien, Serge Sarkissian, pour assister au match de football Arménie-Turquie comptant pour les éliminatoires de la Coupe du monde.

Cette « diplomatie du football », fortement encouragée par la communauté internationale s’est traduite, en avril dernier, par l’adoption d’une feuille de route, dont on a craint un moment qu’elle ne puisse aboutir, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, ayant affirmé que la normalisation des relations entre Ankara et Erevan impliquait un règlement du conflit du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Ce à quoi, le président Sarkissian avait répondu, pendant l’été, qu’il ne viendrait pas en Turquie, en octobre, prochain pour assister au match retour de la Coupe du monde, si l’ouverture de la frontière entre les deux pays n’était pas acquise auparavant.

Si les protocoles nécessaires à la normalisation des relations turco-arméniennes (rendus publics le 31 août dernier, lire : « Vers une normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie »,) ont pu être signés par les deux pays, c’est essentiellement parce que ces derniers ont accepté de disjoindre leurs consentements, de conditions préalables qu’ils s’étaient mutuellement opposés antérieurement.

Des concessions mutuelles

La Turquie liait la conclusion d’un accord avec l’Arménie à la résolution du conflit du Haut-Karabakh, elle a accepté que le règlement des deux différends soit découplé. L’Arménie, quant à elle a longtemps exigé du gouvernement turc une reconnaissance du génocide de 1915, elle a consenti à ce que ses différends historiques avec Ankara soient examinés par une commission d’experts.

Certains ont vu dans cette démarche diplomatique le succès du pragmatisme sur les positions de principe et, de fait, les deux pays sont l’objet de critiques. Le gouvernement turc doit affronter les reproches de l’Azerbaïdjan qui l’accuse d’avoir lâché un pays frère. Le ministère azerbaïdjanais des affaires étrangères vient d’ailleurs de condamner l’accord, en estimant de surcroît que « l’ouverture de la frontière entre la Turquie et l’Arménie remet en cause l’architecture de paix et de stabilité dans la région. »

Quant au gouvernement arménien, il n’a pas été ménagé par la diaspora. C’est la raison pour laquelle, de part et d’autre, au cours des dernières semaines, on s’est employé à convaincre des vertus de cet accord. Ankara a maintenu un dialogue permanent avec Bakou et incité les pays du groupe de Minsk à favoriser le déblocage de la situation au Haut-Karabakh. Le président arménien, pour sa part, a effectué une tournée en France, aux États-Unis, au Liban et en Russie, pour rencontrer les organisations de la diaspora.

Pour entrer en vigueur, les deux protocoles doivent encore être ratifiés par les parlements des deux pays où les gouvernements affronteront leurs oppositions respectives. Mais, il semble que ces derniers disposent des majorités parlementaires nécessaires pour mener le processus à son terme.

L’Arménie et la Turquie attendent beaucoup de cet accord. Erevan espère qu’il va favoriser le désenclavement du pays et donc aider au développement économique de celui-ci. Ankara pense qu’il va améliorer sa position géopolitique et donc soutenir sa candidature à l’UE. S’ils ne règlent pas tous les problèmes, les protocoles signés samedi vont permettre à la stratégie engagée depuis un an de se poursuivre et surtout ouvrir une opportunité unique d’échange entre deux sociétés qui ont tant à se dire et à partager.

Pr Jean Marcou, Directeur de l’Observatoire de la Vie Politique Turque (OVIPOT)

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