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Témoignage - Décryptage, par Hichem Ben Yaïche,
Rédacteur en chef de New African

Tunisie : un certain génie…

Tunisie | 15 novembre 2010 | src.LeJMED.fr
Paris -

Voyager, observer, étudier, comparer… C’est la meilleure manière – pas la seule – d’éviter le piège des généralisations hâtives et de limiter les risques de se tromper. A fortiori pour un journaliste. Pour que la mondialisation ne devienne pas un cliché facile et vide de sens, il faut se donner les moyens de la voir et de la vivre. A force de sillonner le monde, devenu un village planétaire, on fini par réaliser que les êtres humains y sont partout pareils. Ils pleurent, rient, chantent, dansent… Et seules les formes - les cultures, les traditions et les coutumes - diffèrent d’une société à l’autre, d’une ethnie à une autre. « Les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent et se ressemblent par ce qu’ils cachent », disait Paul Valéry.

Photo ci-dessus : Hichem Ben Yaïche, Rédacteur en chef de New African. © LeJMED.fr


Une pensée qu’il m’est difficile d’ignorer alors, que, la réalité de l’Europe où je vis me renvoie sans cesse au questionnement de mon altérité. Un exercice pas toujours facile, mais salutaire. Cultiver ses racines, savoir d’où l’on vient et où l’on va, comment transmettre son héritage ou sa culture d’origine à ses enfants tend à devenir une préoccupation de chaque instant.
Faute de mieux, on s’en remet souvent aux séjours estivaux. Des moments d’initiation et d’ « immersion »… surtout pour les enfants ! Un exercice dont on découvre très vite les limites. Il n’empêche… La Tunisie est un petit pays, mais c’est un abrégé de tout ou presque !

J’avais décidé, en 2008, de faire vivre le désert à mon fils de 12 ans (à cette époque), et de partir à la découverte de cet univers exotique en passant par un voyagiste local. Nous n’étions pas seuls à nous engager dans cette traversée du désert de quatre jours, en véhicule tout terrain. Outre le guide et le chauffeur, nous nous retrouvions en compagnie de deux Canadiennes, un Britannique et un couple tuniso-roumain. Le départ s’est fait aux aurores depuis la capitale, selon l’itinéraire Tunis-M’saken, Gabès, Sidi-Bouzid, Matmata, Chatt Eldjerid, Douze, Tozeur, Tamaghza…

Au-delà de la simple, mais néanmoins magique, énumération de ces étapes, j’ai pu vivre – et surtout comprendre – le « génie de situation » des Tunisiens. Cette capacité à faire de ce petit morceau de désert un lieu d’évasion et de découverte du Sahara. Certains diront que cela n’a rien de comparable avec la variété et la beauté de l’Algérie, de la Libye ou de l’Égypte. Peut-être. Mais les dizaines de bus stationnés à l’entrée des Canyons de Tamaghza et de ses oasis, l’ambiance de tour de Babel qui y règne tant la sonorité des langues est diverse et bigarrée (français, espagnol, allemand, anglais, etc.) témoignent pourtant de la pertinence et de la valeur touristique de ce site. Le décor vieilli et usé des scènes du tournage du film de Star Wars – un site extraordinaire, situé nulle part tellement il est éloigné de tout – est même devenu un passage obligé, un incontournable.

Qu’on me pardonne ce terme si galvaudé, véritable tarte à la crème journalistique, mais qui s’impose d’évidence pour évoquer l’étape d’un circuit touristique !
Et puis – sans vouloir être laudateur, c’est une posture que je n’apprécie pas, mais se justifie ici – les Tunisiens ont un vrai sens de la débrouille, une inventivité surprenante. Peut-être un aboutissement de ce long et patient métissage de cultures et de civilisations qui s’est opéré au fil des siècles. Un atout de plus, pour ce pays qui n’en manque déjà pas.

Pourquoi ce récit personnel, et somme toute assez anecdotique ? C’est que le pays est en train d’élaborer une nouvelle stratégie pour le tourisme à l’horizon 2016. Repenser ce secteur était devenu crucial. J’ai lu la synthèse du rapport qui vient d’être publié à ce sujet : un chantier gigantesque ! Une étude sans doute imparfaite ou incomplète, mais qui a le mérite d’être d’ores et déjà opérationnelle : axes stratégiques, plan d’action, délais d’exécution… tout y est précisé, expliqué. Il est au moins certain que ce rapport ne finira pas comme tant d’autres, au fond d’un tiroir. Celui-ci bouscule, réveille, et pousse au passage à l’acte. Il sera toujours temps, en cours de route, d’en modifier certains points, d’en améliorer certains autres aspects.

Les 840 hôtels qui quadrillent la Tunisie, avec 238 000 lits pour accueillir des touristes en mal de soleil ou de mer, sont contraints d’entrer dans une ère nouvelle. Celle de la diversification et de la rénovation. L’étude a d’ores et déjà produit un électrochoc. La prise de conscience, même si elle est lente, est en cours. J’ai assisté, lors d’un bref séjour en Tunisie, à la journée de consultation nationale, organisée par le ministère du Tourisme, le 9 octobre dernier. Certes, il y avait du monde ce jour-là, mais les grands hôteliers n’étaient pas nombreux. Un attentisme qui ne voulait pas dire nécessairement méfiance. Cela voulait dire : une envie de savoir plus !

Dans cette affaire, personne n’est dupe. Chacun sait que les limites du modèle économique du tourisme tunisien ont été atteintes. Persévérer dans ce statu quo, c’est aller droit dans le mur.

Aujourd’hui, la Tunisie occupe la 29e place sur les 40 principales destinations touristiques en Méditerranée. La compétition va être de plus en plus rude pour l’avenir. Le bon élève d’hier, dans ce domaine, est surclassé par des concurrents qui ont su apprendre de l’expérience des autres et en développant un savoir-faire qui expliquent les avancées d’aujourd’hui : Turquie, Maroc, Égypte et d’autres. L’une des réussites s’explique par une vision stratégique : celle de jouer collectif (centrale d’achat, par exemple), d’harmoniser les intérêts, de mutualiser les risques et d’avoir un objectif commun à servir.

Le ministre Slim Tlatli, qui a l’appui du président, n’est pas un deus ex machina. Il sait les difficultés qui l’attendent. De son expérience de la mise à niveau du tissu industriel (1995), il puise une méthode et la connaissance du mécanisme conduisant à cet objectif. Il est dans la phase de la mise en œuvre. De cette étape technique, tout le reste découlera. Mais la pire des inerties est celle des hommes.
Et c’est la clé de voûte de la réussite de cette entreprise.

Hichem Ben Yaïche
Rédacteur en chef de New African

Article publié sur LeJMED.fr avec l’aimable accord de notre confrère


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