Version imprimable de cet article Imprimer

Outils

Villes

Pays

PEV / L’Accord sur l’agriculture et la pêche avec l’UE : « Équilibré et bénéfique pour le Maroc »

Maroc | 20 juin 2010 | src.Europa jaratouna
Rabat -

« Équilibré et bénéfique pour le Maroc ». C’est ainsi que les autorités marocaines qualifient l’accord conclu avec l’Union européenne sur la libéralisation des échanges des produits agricoles et de la pêche, en décembre 2009. Cette signature attendue depuis longtemps intervient après une longue période de négociations qui aura duré plus de trois ans. Les Européens, eux, parlent d’un « compromis positif ». Mais, les professionnels marocains ont un avis partagé…

Photo ci-dessus : vue d’un marché marocain. © Docman


Il faut dire que l’accord de libéralisation des échanges commerciaux de produits agricoles, produits agricoles transformés et de la pêche a suscité - et continue de faire l’objet de vives polémiques, notamment autour des bénéfices économiques attendus par l’une ou l’autre des 2 parties, ou encore autour des clauses relatives à l’échange de fruits et de légumes. À ce jour, l’accord n’est toujours pas entré en vigueur, dans l’attente d’être ratifié par le Conseil des ministres européens et le Parlement européen.

Le contenu de l’accord Maroc - UE :
effets immédiats et progressifs

L’accord s’ajoute à l’obtention par le Maroc en 2008 du « statut avancé » et souligne la qualité de partenaire commercial privilégié de l’UE dans le cadre de la Politique de voisinage. Ce qui a eu pour résultat un renforcement des relations entre les deux parties. Auparavant régie par l’Accord d’association (2000) et le Plan d’Action (2005).

L’accord stipule l’élimination de 55 % des droits de douane sur les exportations du Maroc vers l’Union européenne, en contrepartie d’une libéralisation immédiate de près de 45 % des exportations européennes vers le Maroc, pour les produits agricoles. Les exportations marocaines devraient bénéficier d’une libéralisation dans une proportion de 67 % pour les produits agricoles, et ce sur une période de 10 ans, et de 98 % pour les produits des industries agroalimentaires.

Avec l’entrée en vigueur de cet accord, le Maroc devrait réaliser un bénéfice fiscal de 1,7 milliard de dirhams marocains, et 700 millions de dirhams grâce aux nouveaux privilèges accordés aux exportations marocaines.

Les produits agricoles marocains vont profiter d’une libéralisation totale et immédiate, à l’exception de 7 produits particulièrement sensibles pour la partie européenne : les tomates, les fraises, les clémentines, l’ail, les concombres, les courgettes et le sucre, lesquels sont soumis à des calendriers d’importation (à l’exception du sucre qui est totalement exclu de la libéralisation), étant donné qu’ils sont en concurrence directe avec la production européenne. La quantité autorisée à l’exportation, pour la tomate, sera progressivement augmentée.

Selon l’accord, les autres produits agricoles marocains ne seront pas soumis aux quotas ou au calendrier agricole, à l’exception de quelques produits comme les oranges, les pêches, les abricots, le raisin de table et les artichauts.

Dans le sens inverse, le marché marocain sera progressivement ouvert aux produits européens dans une proportion de 70 % sur une période de 10 ans, à l’exception des produits socialement et économiquement sensibles, que le Maroc a préféré garder à l’écart du processus de libéralisation totale, en les soumettant à un traitement particulier (19 produits, notamment les céréales, les pâtes, le lait pasteurisé et les viandes), accordant à son partenaire européen des privilèges limités en termes de quantité, en vue de renforcer les secteurs concernés et leur compétitivité.

La partie européenne obtient, en vertu de l’accord, une liberté d’accès aux marchés marocains pour les produits agricoles transformés où une libéralisation totale est progressivement prévue dans les 10 ans à venir à l’exception des pâtes alimentaires, produit pour lequel subsistera une limitation quantitative.

Les réactions à l’accord : la satisfaction des officiels
n’est pas unanimement partagée

Le Maroc estime que les négociations en vue de la conclusion de cet accord ont permis de renforcer la position de ses exportations agricoles sur les marchés européens et l’adaptation de ses clauses aux orientations du « Plan Maroc Vert » qui vise à réformer et renforcer le secteur agricole.

Pour cela, le ministère marocain de l’Agriculture a qualifié l’accord de « globalement équilibré et bénéfique pour le Maroc ». Les Européens, eux, évoquent « un compromis positif » qui permettra de soutenir les exportateurs européens au Maroc, notamment en matière de produits transformés. L’accord est actuellement à sa phase technique, dans l’attente de la phase politique au cours de laquelle il devrait être ratifié après examen du Conseil des ministres européens et du Parlement européen.

Les exportateurs marocains, eux, ont un avis différent. Younes Zrikem, président de la commission d’exportation et de commercialisation à l’Association marocaine des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (Apefel), estime que « l’accord n’est pas vraiment une percée. Il est même décevant relativement aux espoirs affichés à son égard ».

Pourquoi ? « Parce qu’il a maintenu le système de quotas pour les produits agricoles qui constituent le cœur du potentiel d’exportation du Maroc », explique Zrikem, ajoutant que « l’accord n’entrera en vigueur qu’à la fin de l’année prochaine, et encore, cette échéance n’est pas certaine. » Selon lui, le Maroc aurait pu négocier un traitement privilégié basé sur des « conventions intérimaires à calendriers limités, mais applicables immédiatement », notamment en ce qui concerne les principales exportations marocaines, dont en premier lieu les tomates.

Quant à Ahmed Ouayach, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), qui représente toutes les filières des produits agricoles naturels et transformés, il affiche sa satisfaction générale à l’égard de l’accord. À ses yeux, le Maroc est parvenu à en tirer des bénéfices au profit du secteur agricole, et « à protéger ses produits agricoles et les petits agriculteurs, en guise de préparation au Plan Maroc Vert destiné à réformer les circuits de production agricole et améliorer leur qualité. »

Les négociations en vue de la conclusion de cet accord ne se sont pas déroulées sans obstacles. Des réticences ont été émises du côté européen, notamment français et espagnol, ces derniers estimant que les exportations agricoles marocaines menaçaient l’équilibre des marchés communs européens.

Cette polémique a d’ailleurs plané sur le premier sommet euro-méditerranéen qui a rassemblé pour la première fois en mars dernier à Grenade l’Union européenne et un partenaire Méditerranéen à « statut avancé » originaire du Sud. Dans un discours royal prononcé pour l’occasion, le Maroc avait alors « déploré le retard dans l’entrée en vigueur de cet accord », appelant l’Union européenne à accélérer le processus de ratification, alors que des milliers de manifestants espagnols défilaient parallèlement dans les rues pour dénoncer l’accord.

Nadia Ben Slam pour Europa Jaratouna
Rabat, le 14 juin 2010


à lire également Maroc

Articles récents recommandés

 

Flash 7/7fr
Intl. es it

Agenda

Marseille - Paris - Tous pays UPM

9 janvier - 13 juin 2012

EUROMED-IHEDN : les Entretiens en 2012

Les conférences, sujet et conférencier, sont identiques à Paris et à Marseille. La plus grande liberté d’opinion est recherchée. Les conférenciers (...)

Paris - Egypte

28 mars - 23 juillet 2012

« Le crépuscule des Pharaons » revit à Paris

Statue fragmentaire d’Amon - Époque libyenne, vers 800 avant notre ère. Origine inconnue, or , 17,5 cm (H), 4,7 cm (L), 5,8 cm (P) © The (...)

Paris - France

31 mars - 25 juin 2012

Deux César face-à-face au Musée du Louvre

À travers cette exposition, le riche passé de l’Arles romaine (Arelate) renaît : de l’imposante architecture de la ville à son intense activité (...)

Sanary-sur-Mer - France

24 mai - 17 juin 2012

Maroc et Vitali, vedettes de PhotoMed 2012

La réussite, en 2011, de la première édition de PhotoMed, avec près de 50 000 visiteurs, a bien sûr encouragé la municipalité de Sanary-sur-Mer à (...)

Fès - Maroc

8 juin - 16 juin 2012

Festival des musiques sacrées du Monde

Le XVIIIe Festival de Fès des Musiques sacrées du monde se déroulera du 8 au 16 juin 2012. Son fil conducteur : réenchanter le monde, thématique que (...)

Persona Grata : Tribunes Libres, Entrevues, Portraits, Initiatives

Culture

Aux « Mardis de Marigny » : le « matrimoine » musical méditerranéen, passerelle de traditions et de modernité

Paris - Le récent « Mardi de Marigny » du 6 février 2012 était dédié au thème de « La musique en Méditerranée, une histoire de dialogue et de résonances ». Avec pour invités des personnalités reconnues pour l’excellence de leur art, cette rencontre fut une fois de plus une réussite, l’occasion de décrypter certaines interactions entre musiques méditerranéennes. Des interactions inscrites (...)

« Histoires vraies de Méditerranée » ou l’ambition littéraire originale de Marseille-Provence 2013

Marseille - Dans la perspective de Marseille‐Provence 2013, Capitale européenne (et, de fait, méditerranéenne) de la Culture, est né un projet littéraire original, ouvert à tout contributeur – « simple citoyen » comme écrivain – de treize pays méditerranéens, et fondé sur l’idée que « l’on n’a pas tous un roman à écrire mais nous avons tous une histoire à partager ». « Histoires vraies de (...)

EuroMed - UpM

J.-F. Coustillière : « Le 5+5 est un processus expérimental plein de promesses »

Toulon - Jean-François Coustillière, Consultant sur les questions euro-méditerranéennes, est un fervent défenseur de la réactivation et du renforcement du processus dit du « 5+5 », auquel participent cinq pays de la vie nord et cinq pays de la rive sud de la Méditerranée. Dans cet entretien avec la journaliste Agnès Levallois, spécialiste du monde arabe, l’ancien contre-amiral (...)

Gabriel Enkiri : « Le temps est venu
de faire la paix en Méditerranée ! »

Paris - Se référant en particulier à l’histoire de l’épopée phénicienne, qui a largement débordé de la Méditerranée – jusqu’en Bretagne ! – le journaliste émérite et écrivain Gabriel Enkiri, d’origine bretonne et libano-palestinienne, nous rappelle ici que trois pays – le Liban, la Tunisie et la Bretagne – ont noué, dans ce lointain passé, des relations commerciales que l’on pourrait (...)

Vincent Peillon se prononce pour la relance de l’UpM et un plan Marshall de l’UE pour l’EuroMed

Paris - La Méditerranée (ou plutôt son absence) dans la campagne de l’élection présidentielle en France, tel était le thème de la rencontre-débat organisée par l’IPEMED en coopération avec l’Académie diplomatique internationale (ADI) et de l’hebdomadaire panafricain « Jeune Afrique », vendredi 30 mars 2012 à Paris. Bonne nouvelle pour les « Méditerranéistes » : au vu des déclarations (...)

Villes - Pays - Régions

Pr A. Mebtoul : Le (triste) bilan socio-économique de l’Algérie à la fin 2011 (50 ans d’économie algérienne, Ch. III)

Alger - Dans ce troisième volet (1) de son étude sur cinquante ans d’économie algérienne, le professeur Abderrahmane Metboul met en lumière certains artifices relatifs à l’évaluation officielle du PIB, des taux de chômage et d’inflation, démontrant en quoi ils sont biaisés. Il explique aussi comment s’articule le triptyque infernal de l’économie informelle, de la rente pétrolière et (...)

Maroc - Suicide d’Amina : déjà 771 000 signataires d’une pétition contre les violences faites aux femmes

Rabat - Samedi 10 mars 2012, Amina Filali, jeune fille marocaine de 16 ans violée, battue et obligée d’épouser son violeur, s’est donnée la mort – le seul moyen à ses yeux d’échapper au piège que lui ont tendu son violeur et la loi. Des milliers de Marocain(e)s ont manifesté pour réclamer une véritable réforme et le mouvement international citoyen Avaaz.org a lancé une pétition pour (...)

Investir en EuroMéditerranée

Grand Lyon : la BEI libère la seconde tranche du prêt de 300 M € pour la rénovation urbaine

Lyon - Gérard Collomb, Président du Grand Lyon, et Philippe de Fontaine Vive, vice-Président de la Banque européenne d’investissement (BEI) ont signé, lundi 19 mars 2012, la deuxième tranche du contrat de prêt destiné au financement de la rénovation urbaine du grand Lyon, soit 150 M € sur un total de 300 M € à savoir 150 millions d’euros (100 M € ayant déjà été mobilisés l’an (...)

L’Ile-de-France obtient un prêt de 200 M € de la BEI pour des infrastructures durables et performantes

Paris - Jean-Paul Huchon, Président de la Région Ile-de-France, et Philippe de Fontaine Vive, vice-Président de la Banque européenne d’investissement (BEI) ont signé le 16 mars 2012 à Paris une convention de prêt de 200 M € destinés à financer les infrastructures qui permettront d’améliorer la desserte en tramway, de la proche banlieue parisienne. Photo ci-dessus, de gauche à droite (...)

Entreprises & Marchés

Étienne Pauchant - META : Quelques pistes pour contrer l’érosion de la part mondiale du tourisme euromed

Sophia Antipolis - Dans la note de conjoncture 2011-2012 qu’il vient de rendre publique, Étienne Pauchant, Président-Fondateur de META (Mediterranean Travel Association), analyse dans le détail l’état et les tendances de l’activité du secteur du tourisme sur l’ensemble des pays riverains de la Méditerranée. Dans la seconde partie de la note, intitulée « Quelques pistes pour 212 », Étienne (...)

Tribune Libre, par Étienne PAUCHANT, Président Fondateur de META

Le tourisme méditerranéen en quête de reconquête

Sophia Antipolis - Après une année 2011 très bousculée par une crise économique polymorphe en Europe et par l’incertitude qui souffle encore sur le tourisme des rives Sud et Est méditerranéennes, les premiers scénarios concernant 2012 ont été établis à l’occasion de l’ITB, le Salon du tourisme de Berlin, qui s’est tenu du 6 au 10 mars 2012. Ils confirment des départs en vacances cette année, (...)

Voyages et Art de Vivre

Thalasso et Spa Télès de l’hôtel Royal Kenz à Port el Kantaoui : en Tunisie, le bien-être dans un bel écrin

El Kantaoui - À 3 heures de Paris, aéroport de Monastir en Tunisie. Puis par la route, rendez-vous à Port El Kantaoui (à 33 km). Cette petite station balnéaire méditerranéenne verdoyante (on l’appelle aussi le Port Jardin !) est nichée dans le golfe d’Hammamet le long de longues plages de sable fin et proche de Sousse (à 7 km), la troisième agglomération du pays. Surnommée la perle du (...)

Thalasso et Spa : Les bons plans bios et détox 2011 de Thalazur à Bandol, sur la Côte d’Azur

Bandol - Fin de partie pour l’hiver, voilà le printemps et ses envies… d’un séjour zen et revitalisant dans un lieu chic et décontracté ? À Bandol, la thalassothérapie & Spa Thalazur a rouvert ses portes après une rénovation complète très réussie en 2010. C’est beau, chic, bio et détox ! Pour les femmes, et les hommes aussi… Photo ci-dessus : le site du centre de thalasso Thalazur, (...)