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« Mondes, Les Cahiers du Quai d’Orsay »,
une nouvelle revue du MAE français

France | 16 janvier 2010 | src.Nonfiction.fr
Paris - Le ministère des Affaires étrangères français lance une nouvelle revue, « Mondes, Les Cahiers du Quai d’Orsay », publiée par les éditions Grasset. Elle mêle les contributions d’ambassadeurs, de diplomates, de chercheurs et d’intellectuels destinées à mettre en perspective l’action diplomatique de la France dans le monde.

Photo ci-dessus - Jacques Baudouin, directeur de la publication et de la rédaction de "Mondes. © MAE


Cette création s’inscrit dans le cadre des réformes récentes du ministère voulue par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, comme la création de la Direction de la Mondialisation, du Développement et des Partenariats, et l’intégration à la nouvelle Direction de la Prospective d’un « pôle religions ».

Le premier numéro, publié en novembre 2009, aborde des sujets aussi divers que l’usage de la diplomatie pour lutter contre les nouvelles formes de mafias et de réseaux criminels engendrées par la mondialisation des échanges, ou l’impact du réchauffement climatique sur la sécurité internationale. Il propose aussi des « Analyses et Témoignages » de personnalités importantes de la diplomatie ou des relations internationales, telles que Jean-Christophe Rufin ou Olivier Roy.

Dans cet entretien, Jacques Baudouin, directeur de la publication et de la rédaction, décrit les origines de la revue, son projet éditorial, et son organisation.

Nonfiction.fr - Pouvez-vous nous décrire les circonstances du lancement de Mondes ?

Jacques Baudouin - L’idée vient de Bernard Kouchner, qui l’a évoquée en août 2008 lors de la Conférence des Ambassadeurs. Il initiait l’importante réforme du ministère des Affaires étrangères et européennes, qui s’est traduite par la création de la Direction Générale de la Mondialisation et de la Direction de la Prospective, et l’installation d’une partie des services dans les nouveaux locaux de la rue de la Convention.

Parmi ces chantiers, il y avait la création d’une revue trimestrielle qui permettrait d’ouvrir le ministère vers l’extérieur et de faire mieux connaître sa richesse intellectuelle : il est bon que nos compatriotes sachent comment est conçue la politique étrangère de la France. Secundo, il nous fallait davantage participer au débat d’idées, ce qui n’était pas toujours le cas. « Mondes » répond à ce besoin.

Nonfiction.fr - Réservez-vous la revue aux diplomates dans le but de mieux rendre compte de l’action de la France en matière de politique étrangère ?

Jacques Baudouin - « Mondes » n’est pas réservée aux diplomates. Elle est écrite par les diplomates du Quai d’Orsay qui sont en poste à l’étranger ou à Paris, mais elle est également ouverte aux chercheurs et aux intellectuels qui nous sont associés. Quelques exemples dans ce premier numéro : un article d’Olivier Roy sur les religions, un autre de Christophe Jaffrelot, chercheur lui aussi, sur la diplomatie indienne.

Nonfiction.fr - Je lis dans l’éditorial de Bernard Kouchner à propos des contributeurs de ce numéro : « Leur opinion ne représente pas forcément la voix de la France. » Est-ce le cas ?

Jacques Baudouin - « Mondes » n’est pas la voix de la France. S’il s’agissait de cela, elle serait publiée par le Quai d’Orsay, ce qui n’est pas le cas, puisque l’éditeur est Grasset. Les diplomates qui s’expriment dans cette revue le font en leur nom propre, avec la liberté de ton qui est la leur.

Nonfiction.fr - Avec Grasset, c’est un partenariat ?

Jacques Baudouin - Oui, nous souhaitions nous appuyer sur un grand éditeur pour disposer de la meilleure diffusion possible en librairie, en France comme à l’étranger, dans les pays francophones. Nous ne voulions pas que la revue reste confinée dans un cercle étroit, mais qu’elle soit accessible au plus grand nombre, ce qui supposait la diffusion la plus large possible.

Les librairies, démarchées par Grasset, sont un atout majeur de ce point de vue-là. Nous diffusons la revue en France, dans les pays francophones, et dans les librairies françaises d’Asie, d’Amérique latine, et d’Amérique du Nord.

Nonfiction.fr - Y trouvera-t-on des critiques de la politique étrangère de la France ?

Jacques Baudouin - Ce n’est pas son objet. La revue est là pour présenter et expliquer des idées, non pour émettre des opinions sur la politique étrangère de la France comme pourrait le faire un journal d’opinion. « Mondes » existe pour mettre en valeur nos idées, nos actions, et expliquer comment elles naissent.

Pourquoi, par exemple, publions-nous dans le premier numéro un article de Serge Ségura sur l’Arctique ? Parce que l’on a réalisé depuis un certain temps que le climat est aussi un sujet diplomatique et que l’Arctique fait partie de ce sujet. Les négociations en cours, les délimitations territoriales, et les enjeux économiques, financiers et stratégiques doivent être pris en compte. Pour nous, il s’agit donc d’expliciter, de montrer pourquoi la diplomatie s’est emparée de cette question et quelle est la position de la France.

Nonfiction.fr - Est-ce que ça veut dire que le ministère des Affaires étrangères ne communiquait pas assez clairement sur sa stratégie ?

Jacques Baudouin - Le ministère a plusieurs voies de communication. Il a un porte-parole qui s’exprime tous les jours, soit par voie électronique, soit en « live » comme l’on dit, deux fois par semaine, et par ses communiqués de presse. Le ministre communique aussi, évidemment, à travers ses interviewes ou les articles qui sont consacrés à son action.

« Mondes » est un autre vecteur, mais qui ne suit pas l’actualité. Une revue trimestrielle permet de prendre du recul, de dessiner des perspectives, d’avoir la distance nécessaire par rapport à une actualité polymorphe, très instantanée, qui peut dire tout et son contraire en cinq minutes. Elle vous permet de prendre du champ, c’est là son principe.

Nonfiction.fr - Et donc, est-ce que la revue a pour but de renforcer l’influence de la France dans le monde ?

Jacques Baudouin - Oui, clairement. Évidemment, dans les instances internationales, la France est très présente, elle est membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, etc. Et sa voix compte. Mais dans le débat d’idées, qui se matérialise dans des revues ou des colloques, la France était peut-être insuffisamment présente. D’où la nécessité d’une revue pour exprimer notre position, la façon dont nous voyons tel ou tel problème, et nos idées. Dans le cadre d’une négociation, il peut être utile d’exprimer en amont ce que l’on pense.

Nonfiction.fr - Pourrait-on, dans le cadre de ce débat d’idées, voir dans les numéros suivants, des articles répondant à certaines propositions de ce numéro ?

Jacques Baudouin - Oui, c’est possible. Supposons par exemple que les négociations sur l’Arctique aboutissent à un certain nombre de décisions. Dès lors, on pourrait les mettre en perspective avec ce qu’on avait publié six ou neuf mois plus tôt.

Nonfiction.fr - Les thèmes abordés sont-ils censés suivre l’action du ministère ?

Jacques Baudouin - Oui, sans doute, les thèmes suivent l’action du ministère, mais surtout les grands calendriers internationaux et les grands enjeux mondiaux. Un sujet comme les financements innovants - que Bernard Kouchner a relancé avec l’idée d’une taxe sur les transactions financières - est évidemment loin d’être épuisé. Le grand papier de Christian Masset explique comment fonctionnent ces financements, et à quoi ils servent.

Peut-être reviendra-t-on à ce type de sujets dans six ou neuf mois car cette idée d’une contribution fondée sur les transactions financières commence à s’agréger autour de nous, et la diplomatie avance : un groupe pilote a été formé pour étudier ce mécanisme.

Nonfiction.fr - En quoi un article comme celui de Christophe Jaffrelot, qui explique l’évolution de la politique étrangère de l’Inde depuis l’indépendance, peut-il être utile pour comprendre la diplomatie française ?

Jacques Baudouin - L’idée n’est pas uniquement d’expliquer ce que nous faisons ni dans quel but, ni qui nous sommes, mais aussi de montrer notre appréciation, à travers un chercheur ou un diplomate, d’un problème ou d’un thème particuliers.

Ce qui nous paraissait intéressant dans cet article, c’était de comprendre l’historique d’une diplomatie indienne qui s’est structurée autour de quatre points cardinaux parfaitement expliqués par Christophe Jaffrelot. Et puis l’Inde est un grand pays émergent. Il est donc très utile pour nous, pour le grand public, pour les chercheurs et étudiants de savoir quels sont les axes de pensée d’une grande démocratie comme l’Inde, ne serait-ce que pour nous situer par rapport à elle.

Nonfiction.fr - Quel public visez-vous ?

Jacques Baudouin - Tous ceux qui sont intéressés par les relations internationales en France et à l’étranger, puisque « Mondes » est une revue bilingue. À ma connaissance, c’est une première pour un ministère français.

Nonfiction.fr - Vous pensez qu’elle sera lue en anglais ?

Jacques Baudouin - C’est l’objectif. « Mondes » commence à intéresser beaucoup de nos partenaires. Si l’on veut faire passer nos idées, l’on a quand même intérêt à les exprimer en anglais. Et nos partenaires, qu’ils soient diplomates, industriels, universitaires ou autres sont très intéressés de voir comment évolue la pensée française. Pour eux aussi, « Mondes » est un vecteur de connaissance.

Nonfiction.fr - Comment faites-vous connaître « Mondes »à l’étranger ?

Jacques Baudouin - Ce ministère dispose d’un grand nombre de postes à l’étranger. Nos ambassades sont donc associées à la vie de la revue et la font connaître. Nous la diffusons auprès de nos interlocuteurs habituels et des « think-tanks » et en recevons des échos très positifs.

Les anglophones sont heureusement surpris de voir que les Français publient en anglais une revue dite académique de grande qualité. Ils estiment que nous faisons un effort vers eux, ce qui est très important. Nos lecteurs aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou ailleurs, ce sont aussi les entreprises. Je serais ravi que le patron de Coca-Cola ou celui de Microsoft s’abonnent à « Mondes », pour comprendre comment nous voyons le monde, ou les mondes.

Nonfiction.fr - Justement, pourquoi ce titre ?

Jacques Baudouin - La diplomatie a pour vocation de s’intéresser à tout. Autrefois, elle ne se préoccupait que des rapports entre les États et des traités. Aujourd’hui, elle se préoccupe de démographie, de santé, de stratégie, des problèmes alimentaires mondiaux, de la question de l’eau, des questions environnementales. On pourrait dire qu’elle est le dénominateur commun à l’ensemble des enjeux actuels. Elle est partout, donc elle fédère les mondes, qu’ils soient géographiques ou intellectuels ; le diplomate aujourd’hui est peut-être le mieux placé pour cela car il est à la fois un observateur, un négociateur, et un passeur d’idées. Il peut donc réunir des mondes qui sont géographiquement ou intellectuellement éloignés. Et il les réunit dans de nombreux domaines comme la recherche, l’économie ou la culture. La revue sert aussi à explorer ces mondes et à les rapprocher. Elle est un pont.

Nonfiction.fr - Précisément, n’aurait-ce pas été plus efficace avec Internet ?

Jacques Baudouin - Tout dépend de l’objectif que l’on se fixe. Nous étions mieux outillés pour faire un revue de ce type, avec un éditeur de renom comme Grasset pour avoir une diffusion en France, dans les pays francophones et les pays anglophones la plus large possible. Nous viendrons sur Internet un jour ou l’autre. Mais nous avons seulement deux mois d’existence et nous sommes une administration avec des règles. Or, si l’on publie « Mondes » aussi en format numérique, ce devra être payant et réalisé dans les règles.

Nonfiction.fr - La revue a-t-elle vocation à remplacer d’autres publications du ministère des Affaires étrangères ?

Jacques Baudouin - Non, parce que il n’y avait pas de publications de ce type. Il y a celles de certaines directions comme la Direction Générale des Affaires Multilatérales et de la Mondialisation (DGM) ou la Direction de coopération de sécurité et de défense. « Mondes » ne remplace rien mais apporte quelque chose de totalement nouveau dans la forme comme dans l’esprit.

Nonfiction.fr - Avez-vous puisé de l’inspiration dans d’autres revues, gouvernementales ou non ?

Jacques Baudouin - Des revues gouvernementales, je n’en connais pas beaucoup. Et puis, venant du privé, je suis davantage influencé par ce qui vient du secteur privé, où il y a des ateliers de création et des éditeurs plutôt dynamiques.

Un des grands succès récents de revue, c’est « XXI ». Cela ne nous a pas influencés, car nous ne faisons pas du tout la même chose, mais nous a donné à réfléchir. « Mondes » est une revue d’un niveau élevé. C’est donc plutôt dans le débat d’idées que l’on peut chercher des modèles, comme Commentaire ou Le Débat. Ces revues peuvent nous inspirer, au moins pour leur très grande qualité intellectuelle.

Nonfiction.fr - Pouvez-vous nous décrire le modèle économique de la revue ?

Jacques Baudouin - C’est très simple. L’idée de base était de créer une revue trimestrielle, en français et en anglais, et qui, dans toute la mesure du possible, parvienne à l’équilibre financier. L’idéal serait que les ventes en librairie et les abonnements paient la fabrication. Il s’agit d’un vrai défi éditorial, ce qui n’est pas facile aujourd’hui. Nous ferons tout pour le réussir. Installer et rentabiliser une revue de ce type est une entreprise de longue haleine qui réclame de la persévérance.

Le premier numéro a été tiré à 6 000 exemplaires, dont une partie distribuée à l’étranger à travers nos postes diplomatiques à qui nous demandons de recueillir des abonnements. La revue coûte 19 euros, ce qui la situe dans les prix du marché puisque c’est le prix moyen d’un ouvrage de qualité en librairie. Sur le plan rédactionnel, nous déterminons un sommaire pour chaque numéro, et à partir de là, définissons qui peut contribuer au numéro parmi les agents travaillant à Paris, en poste à l’étranger, ou parmi les chercheurs. Pour autant, nous ne sommes pas que des ordonnateurs de papiers, nos représentants diplomatiques sont invités à nous soumettre des idées ou des projets d’articles.

De plus, il y a un assez large partie « Analyses et Témoignages », qui regroupe une grande diversité de témoignages de diplomates présents sur le terrain. Le prochain numéro publiera ainsi un papier de notre ambassadeur en Géorgie, Eric Fournier, qui raconte dans le détail comment il a vécu la crise géorgienne d’août 2008. C’est très intéressant de voir comment un ambassadeur vit ce genre d’événements sur place.

Nous évoquerons aussi une polémique récente sur la réunification allemande et l’hésitation supposée de François Mitterrand à l’époque. Les Britanniques ont publié un certain nombre d’informations à ce sujet. C’est l’occasion pour le Directeur des Archives, Jean Mendelson, d’expliquer que les archives diplomatiques en France sont aisément accessibles dans le nouveau site de la Courneuve après les périodes de réserves légales.

Nonfiction.fr - Vous vous défendez de certaines accusations ?

Jacques Baudouin - On n’est pas dans la polémique. On explique simplement nos différences d’approche et la façon dont les historiens travaillent avec nous.

Nonfiction.fr - Combien êtes-vous à travailler sur cette revue ? Quel est le rôle de Grasset ? Qui fixe la ligne éditoriale ?

Jacques Baudouin - Nous sommes peu nombreux. Le comité de rédaction comprend le ministre et les principaux responsables du ministère ainsi que les chercheurs. Il discute et se met d’accord sur le contenu des numéros suivants, à charge pour moi de suggérer des noms d’auteurs, ou de proposer des sujets aux auteurs.

Les membres du comité de rédaction peuvent contribuer autant qu’ils le souhaitent. L’article d’Olivier Roy reprend, par exemple, son intervention d’août 2009 à la Conférence des Ambassadeurs sur le rôle des religions dans les relations internationales. Comme le Pôle Religions venait d’être créé à la Direction de la Prospective, il était intéressant de le publier dans le premier numéro.

Après validation interne, traduction et mise en page des articles par nos soins, Grasset assure l’impression et la mise en vente. Notre rôle, à la direction des publications, est de coordonner, non de fabriquer. Nous coordonnons l’ensemble des publications du ministère, les revues, les brochures, les livres, dans une logique éditoriale. Pour cela, nous travaillons étroitement avec la Direction de la Communication et du Porte-parolat qui a aussi pour mission de diffuser les productions du ministère.

Nonfiction.fr - La Direction de la Communication peut-elle donner son avis sur les articles ou avez-vous les mains libres sur le contenu ?

Jacques Baudouin - Je l’ai dit, il y a une validation interne à laquelle participe le Directeur de la Communication. Nous travaillons sur des sujets de long terme, ou sur des enjeux globaux comme le climat ou la santé. Les différentes sensibilités peuvent s’exprimer, il n’y a pas de parole unique.

Nonfiction.fr - Pour revenir au positionnement de la revue, il y avait quand même un traditionnel devoir de réserve des diplomates. Est-ce qu’au travers de ce type de publications, c’est en train de changer ?

Jacques Baudouin - Oui, cela change. Si les ambassadeurs souhaitent s’exprimer dans les médias, ou dans le pays où ils sont en fonction, ils peuvent le faire à condition d’en informer le ministère, et de préciser sur quels sujets ils souhaitent intervenir. Il y a toujours un devoir de réserve, et celui qui exprime la position officielle du ministère est le porte-parole. Mais, quand tel ambassadeur vient en France pour une occasion particulière, il est libre de s’exprimer à la radio ou ailleurs pour donner son point de vue sur tel ou tel aspect de la politique.

Nonfiction.fr - Quel est le but d’un article comme celui de Jean-Christophe Rufin qui décrit précisément la situation urbanistique de Dakar, et propose des mesures précises pour améliorer l’action de la France sur place ?

Jacques Baudouin - On est typiquement dans le débat d’idées inspirées par la pratique. Jean-Christophe Rufin utilise le concept très intéressant de géo-diplomatie pour réfléchir à l’implantation géographique de nos centres culturels, par exemple, dans des villes en pleine mutation. L’intérêt est de donner le point de vue d’un ambassadeur qui est sur place et qui peut analyser de façon fine les données, en l’occurrence démographiques et sociologiques, de son pays de résidence.

Nonfiction.fr - Dans ce cas, est-ce que certaines personnes peuvent être en désaccord avec ce que proposent les auteurs ?

Jacques Baudouin - On peut très bien imaginer que des questions soient posées. Je pense que cette revue est un bon moyen d’échanger des idées, et c’est ce que souhaitait le ministre. C’est la culture du débat qui permet de faire avancer les idées. Ensuite, on voit si leur application concrète est possible ou non. Au départ, il faut des idées.

Nonfiction.fr - Cela s’applique-t-il à tous les sujets ?

Jacques Baudouin - Il y a une multitude de sujets, politiques, culturels, économiques etc. Quand on parle de l’Arctique, c’est à la fois scientifique, diplomatique, économique, stratégique. Imaginez l’éventail des disciplines universitaires qui sont concernées par un sujet comme l’Arctique ! D’où l’intérêt de l’article de Serge Ségura qui fait la synthèse de toutes ces problématiques, et va ensuite porter les idées de la France dans les rencontres internationales. C’est un processus valable dans tous les domaines.

Nonfiction.fr - Néanmoins, peut-on imaginer des articles sur des sujets diplomatiques sensibles, comme les droits de l’homme en Chine ?

Jacques Baudouin - Cette revue n’est ni un quotidien ni un magazine. C’est une revue académique et intellectuelle. Nous aborderons la question des droits de l’homme dans un prochain numéro mais pas dans une perspective polémique car, je le répète, ce n’est pas son objet.

Nonfiction.fr - Une revue comme celle-ci ne pourrait-elle pas précisément dépassionner ce type de débats ?

Jacques Baudouin - Peut-être. Une revue intellectuelle ne s’interdit évidemment pas ce type de sujets, mais elle peut les aborder en des termes différents de ceux utilisés par les grands médias. Elle peut ainsi, comme vous le suggérez, poser le débat sur des bases plus rationnelles et moins passionnées.

Entretien réalisé par Pierre Testard,
Coordinateur de la rédaction de nonfiction.fr



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