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Malgré le possible véto allemand, G. Papandréou satisfait du plan d’aide à la Grèce de l’Eurogroupe

Grèce | 26 mars 2010 | src.leJmed.fr
Athènes - Le premier ministre grec, Georges Papandréou, s’est félicité jeudi 25 mars de la “décision très satisfaisante” prise par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Eurogroupe concernant la mise en place d’un mécanisme européen qui garantira dorénavant la stabilité de la zone euro. “Nous sommes parvenus aujourd’hui à une décision très satisfaisante. Un mécanisme européen est institué, avec la participation minoritaire du Fonds monétaire international (FMI), qui garantit la protection de la stabilité financière de la zone euro”, a souligné Papandréou dans des déclarations depuis Bruxelles, à l’issue du Sommet extraordinaire de l’Eurogroupe.

Photo ci-dessus, de gauche à droite : le Président français Nicolas Sarkozy, le PM grec Georges Papandréou, la Chancelière allemande Angela Merkel © Grèce Hebdo


Georges Papandréou s’est également félicité de « la très importante décision » de la Banque centrale européenne (BCE) concernant la prolongation au delà de 2010 des critères, déjà considérablement assouplis depuis la crise, qu’elle impose aux banques pour leur prêter des liquidités. Cette décision annoncée jeudi matin par le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, doit donner une bouffée d’oxygène aux banques grecques.

Le Premier ministre grec a par ailleurs redit qu’il était « déterminé à lutter pour assainir les finances de son pays », raison pour laquelle il avait adopté une série de mesures importantes visant à ramener le déficit public de 12,7 % du PIB en 2009 à 8,7 % en 2010.

Mais, parallèlement, le PM grec dit aussi vouloir procéder à de profonds changements dans l’économie, la politique et la société. « Nous construisons une économie viable, avec transparence, mais aussi avec justice sociale et croissance » a déclaré le Premier ministre grec.

Le plan d’aide : un mix Europe – FMI, et sous véto allemand

Le plan d’aide à la Grèce sur lequel les dirigeants de l’UE se sont finalement mis d’accord jeudi soir, relève d’un dispositif inédit depuis la création de l’euro, il y a onze ans, euro qui est aujourd’hui la monnaie unique de 16 pas européens sur 27. Le mécanisme prévoit en effet des prêts, abondés par l’UE et le FMI, que la Grèce pourra utiliser « en dernier recours » si elle ne parvenait plus à emprunter à des taux raisonnables sur les marchés pour financer ses déficits.

L’accord prévoit que le dispositif serait alimenté majoritairement par des prêts de partenaires de la Grèce au sein de la zone euro, et par des prêts du Fonds monétaire international. La proportion devrait être de deux tiers du total pour les premiers, et d’un tiers pour le FMI.

Cependant, aucun montant n’a été fixé pour le niveau du prêt éventuel – mais, selon un haut responsable européen les besoins potentiels de la Grèce sont évalués entre 20 et 30 milliards d’euros.

Autre point d’importance : la procédure de mise à disposition du prêt éventuel prévoit un écueil de taille, puisque l’Allemagne a obtenu un droit de veto sur l’activation du dispositif.

Cet accord, a estimé l’économiste Jonathan Loynes, de Capital Economics, « pourrait calmer certaines des pressions à court terme sur l’euro », mais « il serait faux de penser que la crise (grecque) est terminée », ni sa duplicaion à d’autres pays, notamment le Portugal – dont la note d’endettement vient d’être dégradée – mais aussi l’Espagne et même la Belgique.

Bien sûr, Le président de l’UE Herman Van Rompuy et le président de la BCE Jean-Claude Trichet se sont montrés rassurants : « Je crois vraiment que les situations ne sont pas comparables du tout », a déclaré Herman Van Rompuy à propos du Portugal, tandis que Jean-Claude Trichet affirmait n’avoir « aucun doute sur la capacité du Portugal à poursuivre avec succès sa politique » de réduction de ses déficits.

A noter qu’en théorie le dispositif de prêt mis en place pour la Grèce pourra à l’avenir être utilisé par tout pays de la zone euro. Si l’Allemagne n’use pas de son droit de véto… – et il faut bien noter, sur ce point, que le fait que l’Europe se soit montrée réticente à une aide directe à la Grèce est présenté, par la presse allemande, comme une victoire de la chancelière Angela Merkel.

Une « arme dissuasive » contre la spéculation des marchés ?

À quel taux sera prêté cet argent, se demande le journaliste Jean Quatremer sur son blog « Les Coulisses de Buxelles » ? Selon lui, " Il est clair que ces prêts ne devront pas être subventionnés, c’est-à-dire fournis à Athènes à un taux inférieur à celui auquel le pays prêteur emprunte sur le marché. Mais ce ne sera pas non plus les taux de marché, sinon cela n’aura guère d’intérêt. Selon l’Élysée, ce taux devrait se situer au-dessus des taux portugais (c’est-à-dire à plus de 4 %) pour éviter que ce second maillon faible de la zone euro ne réclame à son tour une aide européenne. Ces prêts bilatéraux seront en tous les cas plus chers que les prêts du FMI (qui applique un taux compris entre 1 et 3 %).

Il a aussi fallu rassurer la BCE qui refusait une implication du FMI. Et ce, pour deux raisons : par nature, le Fonds intervient sur la politique monétaire puisqu’il est censé aider des pays qui ont des problèmes de balance de paiement et non de budget. Or la BCE estime que cela empièterait sur son indépendance. D’autre part, Jean-Claude Trichet craignait que le FMI critique l’objectif d’inflation de la BCE, actuellement fixé autour de 2 %. En effet, l’économiste en chef du Fonds a suggéré, il y a quelques semaines, que cet objectif passe à 4 % afin de donner de l’air à l’économie européenne. Dominique Strauss-Kahn, le patron du FMI, a dû s’engager à ne pas s’aventurer sur ce terrain, tout comme il a promis de ne pas demander de mesures d’austérité complémentaires à la Grèce."

Ce plan, à l’image de l’arme nucléaire, ne sera un succès que s’il n’est pas employé, comme l’explique un diplomate français, cité par Jean Quatremer : « il garantit aux marchés qu’ils n’ont plus à redouter un défaut de la Grèce ». Le message semble avoir été bien reçu : vendredi, l’euro remontait et les taux grecs se détendaient (moins 20 points de base sur le deux ans).

L’économiste français Jean-Paul Fitoussi : « L’Europe
vient de donner la preuve qu’elle n’existe pas vraiment »

En revanche, pour l’économiste français Jean-Paul Fitoussi, dont le quotidien « Le Monde » publie une entrevue dans son édition datée de vendredi 26 mars 2010, le plan entériné par l’Eurogroupe présente « peu d’avantages et beaucoup d’inconvénients. Ce plan a trop tardé, et ce faisant il a aggravé la situation de désarroi dans laquelle se trouve la zone euro, et surtout la Grèce. (…) Ce plan dit au monde que l’Europe ne veut pas régler ses affaires toute seule. Il ne faut pas oublier que l’Europe est le plus grand pays du monde en terme de PIB. Or si le plus grand pays du monde se réfère à une instance extérieure pour régler son problème, c’est qu’il n’existe pas comme pays. C’est un affichage extrêmement maladroit et aux conséquences graves puisque l’Europe vient de donner la preuve qu’elle n’existe pas vraiment. »

Synthèse : leJmed.fr
Sources : Grèce Hebdo, France 2, Le Monde, Libération

À lire sur le même sujet :
La Grèce décidera si faire appel au FMI après le Sommet de l’UE des 25 et 26 mars


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