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Les IDE et l’avenir économique de l’Algérie, thème central du très réussi IIIe Forum annuel du REAGE

Algérie | 10 novembre 2009 | src.leJMED.fr
Paris - Le IIIe Forum annuel du REAGE – Réseau des Algériens diplômés des grandes écoles et universités françaises – qui se déroulait samedi 7 novembre dans les locaux de l’ESCP Europe à Paris –, a battu les records d’affluence. Visiteurs et intervenants de haut niveau se sont passionnés pour le thème central de la journée : « L’Algérie, potentiels et opportunités ».

Un millier de visiteurs annoncés le matin, et peut-être 1 500 décomptés en fin de journée : le succès de l’événement a dépassé les espérances des organisateurs. Il témoigne une fois de plus de l’attachement de l’élite de la diaspora algérienne de France à l’Algérie, et avec un regard résolument tourné vers l’avenir.

Ainsi que le soulignait dans son propos introductif Fetah Ouzzani, Président de REAGE, « pour l’Algérie, pour sa communauté à l’étranger et pour les pays d’accueil, “2009 année de crise” pourrait être l’année de l’espérance et des projets d’avenir. Pour au moins trois bonnes raisons. En premier lieu, la prise de conscience sur l’économie de la rente dont on ressent partout les limites et les nombreux fléaux que chacun sait. Ensuite, le retour sur le devant de la scène des compétences managériales. Enfin, l’encouragement de la production nationale. Après une décennie marquée par un flux d’importations massives au détriment, souvent, d’une production nationale sinistrée, l’urgence est proclamée de redresser le tissu industriel national. ».

Évoquant aussi la question si polémique des nouvelles mesures sur les IDE de la Loi de finances complémentaire du 26 juillet 2009, Fetah Ouzzani tint à souligner que sur cette question « REAGE a une position de nuance et de rationalité ».

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Reda Hamiani, Président du Forum des chefs d’entreprise algériens (FCE) - © leJMED.fr

Reda Hamiani, Président du Forum des chefs d’entreprise algériens (FCE), releva quant à lui la grande déception des Algériens devant les investisseurs exclusivement préoccupés de rentabilité financière à court terme, et déplora « l’hypertrophie du commercial international qui obère le développement industriel nécessaire au rééquilibrage du pays (…) Nous espérions que le partenariat serait un levier pour accroître le niveau de compétitivité de nos entreprises, mais non, cela n’a pas été le cas ». Évoquant lui aussi la Loi de finances complémentaire, et particulièrement l’obligation qu’elle fait de la participation majoritaire d’un partenaire algérien pour tout IDE, il s’attacha à en souligner la portée conjoncturelle – en tout cas, à ce jour – puisque cette obligation est « contenue dans une simple loi de finances ».

Reste, poursuivit Reda Hamiani, que les pouvoirs publics algériens sont « persuadés qu’il faut attirer des IDE structurants », et que le pays ne peut pas continuer avec une fiscalité pétrolière aussi prépondérante, estima-t-il, faisant ainsi écho à l’exposé débordant de chiffres de Jean-Marie Pinel, Président de KPMG, et particulièrement ceux-ci : en Algérie, le secteur des hydrocarbures n’emploie que 3 % de la population active, mais génère 75 % du PIB.

Certes, cette manne a permis ces dernières années à l’Algérie de se désendetter totalement, et de se constituer une « cagnotte » de 140 Mds $, accumulée avant 2008. Côté positif : cet argent va utilement servir à financer l’essentiel du programme de grandes infrastructures lancé par l’Etat, soit 150 Mds $, entre 2009 et 2014. Côté négatif, l’économie de la rente a généré un certain nombre d’effets pervers : excès des importations, rachitisme et faible compétitivité d’une bonne part du tissu économique hors hydrocarbures, faible développement de l’esprit entrepreneurial…

L’Algérie et la France : un partenariat (déjà) d’exception

Chef du service économique de l’ambassade de France en Algérie, Marc Bouteiller s’attacha à mettre en exergue la contribution durable des entreprises françaises en Algérie. « Des entreprises algériennes d’origine française, pourrait-on dire, tant elle affichent un esprit d’entreprises “citoyennes” au regard de leur pays d’accueil… »

Et Marc Bouteiller d’étayer son raisonnement en faisant valoir divers arguments inscrits dans la réalité des faits : la France est le premier investisseur en Algérie hors hydrocarbures ; entre 2005 et 2008 les IDE annuels français sont passés de quelque 150 M € à environ 350 M € ; le nombre d’entreprises a quasiment doublé, passant de 227 en 2005 à 430 en 2008 ; ces entreprises ont créé 35 000 emplois directs et généré 100 000 emplois indirects ; en 2008, 300 000 jeunes ont bénéficié d’une formation dans le cadre de ces entreprises, soit trois fois plus qu’en 2005 ; enfin, 80 % des bénéfices de ces entreprises ont été réinvestis en Algérie… et particularité que l’on peut relever : Michelin Algérie est, après la Sonatrach, le premier exportateur du pays. « Ce qui fait la spécificité des entreprises “d’origine française” en Algérie, c’est le caractère durable de leur investissement », conclut Marc Bouteiller.

Le formidable potentiel algérien

Pour Issad Rebrab, Président du Groupe CEVITAL (2,2 Mds $ de CA, 780 employés en 1999 et 25 000 prévus pour 2012), il ne fait aucun doute que « l’Algérie est le pays de la région qui offre le plus de possibilités. Nous connaissons des multinationales prêtes à investir, même en étant minoritaires. Cela n’est pas si surprenant : tous les IDE venus en Algérie ont connu un beau succès… Mais, tous, opérateurs économiques nationaux ou internationaux, avons le même problème : celui de la qualité de l’environnement des affaires », qu’il convient certes d’optimiser, surtout dans la perspective d’un partenariat toujours plus dense avec l’Union européenne, perspective à laquelle Issad Rebrab adhère pleinement : « Le Nord et le Sud de la Méditerranée sont condamnés à coopérer », conclut-il, après avoir largement évoqué les perspectives formidables que le proche développement de l’énergie solaire, et autres technologies de pointe, offrait à l’Algérie.

Brahim Bendjaber, Président de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI), souligna que malgré tout, le FMI vient de constater que si le taux de croissance du PIB global algérien s’est établi à 2 %, tiré vers le bas par une forte réduction des recettes issues des hydrocarbures – de 80 Mds $ en 2008 à “seulement” quelque 40 Mds $ en 2009 – la croissance hors hydrocarbures s’établit à plus de 9 %. « Cela est dû au bilan exceptionnel de l’agriculture, notamment, la production céréalière record », releva Brahim Bendjaber, qui considéra que l’investissement dans l’agriculture est un gisement de croissance qu’il faudrait prendre en considération, d’autant que l’Algérie importe 75 % de son assiette alimentaire, soit pour 8,3 Mds $ en 2008.

Le défi de l’emploi des jeunes

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Aghiles Rebrab, responsable de la communcation, entouré de Naoil Bouhassoun et Soumaya Hamzaoui, les deux jeunes co-présidentes de ce Forum REAGE 2009 - © leJMED.fr

Au-delà de certains chiffres qui pourraient ne s’avérer que conjoncturels – par exemple le déficit public prévu par le FMI à 8,4 % du PIB en 2009, contre un surplus de 8,1 % du PIB en 2008, à cause justement de la baisse de moitié des recettes des hydrocarbures – la douloureuse question du chômage des jeunes, estimé par le FMI à 25 %, et inchangé depuis deux ans, est évidemment une problématique intéressant au premier rang les jeunes diplômés de REAGE.

Au cours d’un atelier consacré à cette question des « ressources humaines », plusieurs questions témoignaient, il faut bien le dire, d’une pointe d’inquiétude : comment espérer débuter une carrière professionnelle en Algérie, alors que le chômage des jeunes y est si élevé, y compris chez les jeunes diplômés de l’université algérienne ?

La réponse, parcellaire mais pragmatique : il y a des besoins insatisfaits sur le marché de l’encadrement intermédiaire (middle management). Et ces besoins insatisfaits ne feront que croître si l’Algérie s’engage irréversiblement dans la modernisation de son économie. Une perspective qui semblait faire consensus, car, comme l’a rappelé Reda Hamiani, « en 2017 l’Algérie fera partie de la zone de libre-échange de l’Union européenne. Les accords sont signés ! Et nous allons faire de même avec l’OMC… ».

Dans cette perspective, on peut penser que les Algériens de la diaspora, de France et d’ailleurs, seront les bienvenus dans l’Algérie du renouveau économique. Conformément, d’ailleurs, au propos liminaire de son Excellence M. Missoum SBIH, Ambassadeur d’Algérie en France, et Président d’honneur de ce IIIe Forum du REAGE : « le retour des compétences doit être pris en charge », a-t-il déclaré. La récente création du Conseil consultatif de la communauté algérienne à l’étranger « traduit l’importance » qui est désormais reconnue à la diaspora, conclut l’Ambassadeur.

© Alfred Mignot pour leJMED.fr

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