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V. Wallaert, M. Dioudonnat, A. Séon

- Le « 11 septembre à l’envers » et l’impasse des politiques euromed

Tous pays UPM | 16 février 2011 | src.LeJMED.fr
Marseille -

Revenant sur les analyses convenues des mouvements révolutionnaires actuels au sud de la Méditerranée, Vincent Wallaert, Mathilde Dioudonnat et Audrey Séon, trois jeunes Charges d’étude à l’Institut de la Méditerranée de Marseille, revisitent dans leur Tribune libre l’histoire des dernières décennies des pays arabes. Ils nous rappellent que presque tous les régimes concernés étaient déjà à bout de souffle à la fin des années 1990, mais, estiment les jeunes chercheurs, ils ont été requinqués par le soutien sans faille que leur a accordé l’Occident, à la suite des attentats du 11 septembre 2001, et à la seule condition de leur engagement dans la lutte contre le terrorisme. Les événements actuels seraient donc ainsi une sorte de « 11 septembre à l’envers », marquant la fin d’une parenthèse… Mais, leur contribution va encore au-delà, reconsidérant même les postulats qui, selon eux, ont conduit à l’impasse actuelle des politiques méditerranéennes.

Photo ci-dessus, de gauche à droite : Vincent Wallaert, Mathilde Dioudonnat et Audrey Séon. © DR


Tribune libre - Titre original :

Le « 11 septembre à l’envers » : experts
et politiques méditerranéennes
face aux révolutions arabes

par Vincent Wallaert, Mathilde Dioudonnat,Audrey Séon
Chargés d’étude à l’Institut de la Méditerranée de Marseille


Depuis le début des soulèvements en Tunisie, en Égypte, mais aussi en Algérie, en Jordanie et au Yémen, les « experts » de la Méditerranée et du monde arabe se succèdent pour apporter leur contribution à la compréhension des événements en cours. Parmi cette profusion de points de vue, reflétant la diversité d’une communauté professionnelle aussi vaste que protéiforme, on est surpris d’apprendre que pour beaucoup de ces experts, l’effondrement soudain des régimes donnés pour être parmi les plus stables de la région était prévisible. L’étonnement face à ces déclarations est d’autant plus grand que personne, y compris à l’Institut de la Méditerranée, ne peut se vanter d’avoir anticipé les événements en cours dans leur soudaineté et leur intensité.


Prévisible ? Oui, disent-ils, puisque, nous le savions tous, ces régimes étaient profondément impopulaires et reposaient sur le soutien de petites élites divisées par d’incessantes luttes de pouvoir.

Ces discours souvent embarrassés masquent difficilement la stupeur des experts et des responsables politiques face à la fin d’un ordre établi et des illusions que donnait depuis une décennie l’apparente stabilité des régimes arabes. Si elle est illusoire, l’idée d’une stabilité des pays arabes était pourtant devenue, depuis le 11 septembre 2001, un mantra solidement ancré dans les discours.

En quelques jours, ces pouvoirs sont apparus en pleine lumière pour ce qu’ils n’ont pourtant jamais cessé d’être depuis plusieurs décennies, c’est-à-dire des pouvoirs profondément vulnérables, suscitant la défiance d’une grande partie des habitants du Maghreb et du Proche-Orient pour leur corruption et leur incapacité à assurer une vie décente à la majorité d’entre eux.

Le rôle du 11 septembre dans le phénomène d’occultation

Les promesses et les ambitions affichées à l’époque des indépendances et des révolutions nationalistes dans les années 1950 et 1960 sont depuis longtemps oubliées pour des sociétés minées par le chômage de masse, notamment pour la jeunesse, par le démantèlement anarchique des services publics essentiels mené dans les années 1980 et 1990 sous l’impulsion des bailleurs de fonds internationaux. Le « développement » qu’ont connu les pays du Maghreb et du Proche-Orient ces dernières années, s’il est indéniable du point de vue des indicateurs macro-économiques, s’est traduit par une concentration accrue de la richesse aux mains de petites fractions de la population et sur des franges restreintes des territoires, les zones littorales et les grandes métropoles principalement et, in fine, par une dégradation des conditions de vie pour une partie très importante des habitants.

Il n’y a pas si longtemps encore, la fragilité des États arabes, leur vulnérabilité face à la contestation de « la rue » et face à l’inéluctable montée en puissance de l’Islam politique était un fait reconnu par la plupart des observateurs du monde méditerranéen.

La fin des années 1990 était ainsi largement scandée par des débats d’experts autour de la perspective d’un basculement des pays arabes dans l’islamisme. Tout se passe comme si ce qui était visible et prévisible est devenu invisible et surprenant. Les attentats du 11 septembre 2001 ont indéniablement joué un rôle majeur dans ce phénomène d’occultation. L’émergence de la menace terroriste comme priorité absolue dans l’agenda des relations Nord-Sud a ainsi imposé l’idée qu’il fallait coûte que coûte « sauver » les régimes arabes. Face à la nécessité de constituer un cordon de sécurité autour de l’Europe, le scepticisme et les critiques ont laissé place à une forme d’union sacrée et d’amnésie collective quant à leurs failles les plus béantes.

L’attaque sur les tours du World Trade Centre à New York et la réaction des États-Unis et de l’Europe furent ainsi une sorte de « divine surprise » pour ces régimes qui semblaient au tournant du XXIe siècle à bout de souffle.

Par exemple, l’Algérie sortait alors péniblement d’une guerre civile meurtrière (de 150 000 à 200 000 victimes entre 1992 et 1999), à la suite de l’annulation en janvier 1992 d’élections législatives en passe d’être remportées par le Front Islamique du Salut (FIS). L’élection en 1999 d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République reflétait alors la nécessité vitale pour l’élite politico-militaire de faire appel à un homme non compromis pendant les Années Noires, « indépendant » de l’armée et porteur d’une certaine légitimité historique en tant qu’ancien ministre des affaires étrangères de Houari Boumédiène (1965-1978).
En Algérie, l’année 2001 fut également celle du Printemps Noir, insurrection des populations de Kabylie qui ébranla fortement l’État algérien en s’attaquant directement aux symboles de son autorité.

En Égypte, la fin des années 1990 est marquée par de violents affrontements entre l’armée, soutien indéfectible du régime dirigé depuis 1981 par Hosni Moubarak, et de très puissants mouvements islamistes. Cette « mouvance », riche de très nombreuses tendances et moyens de mobilisation, va des Frères Musulmans, profondément enracinés dans la société égyptienne par leurs actions éducatives et caritatives, jusqu’au Jihad Islamique égyptien ou la Gamaa Al Islamiya, qui mena en 1997 des attaques contre des touristes européens causant plusieurs dizaines de victimes et portant un coup sévère à l’industrie touristique, poumon économique du pays.

Beaucoup d’autres pays arabes étaient alors en pleine « crise de succession ».

Le Maroc en 1999 avec la mort d’Hassan II, la Jordanie la même année avec la mort d’Hussein et la Syrie en 2000 avec la mort d’Hafez El Assad, ont ainsi été confrontés à la disparition de chefs d’État qui incarnaient leur stabilité politique depuis des décennies. Dans les monarchies chérifiennes et hachémites comme dans la république baasiste syrienne, c’est la solution dynastique qui s’imposa, Mohammed, Abdallah et Bachar El Assad succédant à leur père. Dans tous les cas, les années qui suivirent furent à haut risque pour les régimes en place confrontés à de profondes incertitudes après des années de stabilité.
En Libye, le régime dirigé par Mouammar Kadhafi était également affaibli par l’isolement géopolitique imposé par les États-Unis et l’Europe du fait de sa participation à divers attentats (Lockerbie, Brazzaville…) contre leurs ressortissants et leurs intérêts. Paradoxalement, la Tunisie se distinguait à cette époque par son calme et son modèle de développement relativement équilibré par rapport au reste du monde arabe.

Face à ces difficultés, une des conséquences du 11 septembre fut d’apporter aux élites politiques des pays arabes une salutaire bouffée d’oxygène, celles-ci recevant de l’Europe et des États-Unis l’assurance d’un soutien sans faille à la seule condition qu’elles poursuivent leur lutte contre l’islamisme radical. L’attaque sur les tours du World Trade Centre à New York a donc conduit les puissances occidentales à signer un chèque en blanc aux pouvoirs en place dans les pays arabes, ceux-ci se présentant comme les indispensables remparts à la constitution de nouveaux sanctuaires djihadistes. Les guerres menées par les États-Unis et leurs alliés en Irak et en Afghanistan venaient rappeler aux éventuels récalcitrants (Libye, Syrie) l’alternative qui se présentait à eux : la soumission ou le renversement.

D’une certaine manière, une parenthèse enchantée de stabilité s’ouvrait alors pour les régimes au pouvoir au Sud et à l’Est de la Méditerranée. Pour les habitants des pays arabes, la décennie passée a pu se traduire par une relative amélioration de leur condition matérielle, mais aussi par un sentiment grandissant de trahison et d’humiliation. Depuis dix ans, la « lutte contre le terrorisme » a en effet signifié une consolidation considérable de l’emprise des appareils sécuritaires sur les territoires et leurs habitants. Dix ans plus tard, cette parenthèse semble se refermer à l’occasion du « 11 septembre à l’envers » qui se joue en ce moment dans les rues des capitales du monde arabe.

Impasse des politiques méditerranéennes et retour de l’Histoire

Prévisible ? Oui, disent-ils, car les événements actuels confirment que le développement économique que connaissent bon an mal an les pays du Maghreb et du Proche-Orient devait nécessairement s’accompagner d’une démocratisation des institutions politiques. Dans cette perspective, l’appui constant des pays européens, des États-Unis et des institutions internationales à des États autoritaires se trouve au fond conforté. Pas de remise en cause ou d’examen critique à envisager donc, au contraire, il est urgent de poursuivre dans la même direction…

On est ainsi tenté de lire dans de nombreux commentaires que suscitent les insurrections arabes la volonté de sauver le cadre idéologique dans lequel se sont déployées les politiques méditerranéennes depuis une quinzaine d’années. La chute de régimes emblématiques dément en effet la doxa partagée entre experts et responsables politiques des deux rives de la Méditerranée d’une « mondialisation heureuse », c’est-à-dire d’une transformation progressive et pacifique des sociétés par la grâce de l’intégration aux processus de marché, fussent-ils euro-méditerranéens ou mondiaux.

Processus de Barcelone, Politique de voisinage, mais aussi Initiative Grand Moyen-Orient et Union pour la Méditerranée, ces différentes initiatives partagent l’idée que la transition économique des pays du Sud vers l’économie de marché est garante de la transformation politique, sociale et culturelle par l’instauration d’un « cercle vertueux » entre la croissance économique, la normalisation politique et sociétale des pays du Sud de la Méditerranée.

Dans le partenariat euro-méditerranéen, l’enjeu prioritaire est donc l’instauration d’une zone de libre-échange qui permettrait la construction d’un grand marché méditerranéen intégré au marché européen. Le modèle de croissance que proposait le processus de Barcelone est fondé sur le rôle prépondérant des investissements directs étrangers (IDE), des nouveaux entrants et du secteur privé. Au sein de ce marché, le développement de flux commerciaux transfrontaliers doit s’appuyer sur la complémentarité des économies : pouvoir d’achat et technologie au Nord ; main d’œuvre bon marché au Sud.

Ce cadre idéologique est également porteur d’une approche très centralisée du développement, reposant entièrement sur le rôle de l’État comme opérateur du développement. Dans ce modèle de gouvernance, on remarque ainsi le faible rôle attribué aux collectivités territoriales, qui est compris dans la perspective étroite de la décentralisation des pouvoirs publics, préconisée comme composante d’une « bonne gouvernance ». Mais les acteurs territoriaux sont beaucoup plus rarement considérés comme des acteurs à part entière du développement durable des territoires.

Au fond, le pari de l’Union Européenne, des États-Unis et des organisations internationales était de provoquer un processus de changement sociétal et culturel au sein des pays du Maghreb et du Proche-Orient allant dans le sens d’une homogénéisation des représentations, attentes et croyances entre rive Nord et rive Sud de la Méditerranée, où s’enracineraient durablement la stabilité politique et la prospérité économique. La transition politique opérée en Espagne et au Portugal à partir de 1975 constitue un modèle de démocratisation corrélée à une européanisation culturelle.

Cette hypothèse d’homogénéisation culturelle et sociétale est assumée explicitement par la Banque Mondiale qui, dans son rapport 2007, évoquait encore l’émergence observée d’une « classe moyenne globale », à l’horizon 2030 :

« Imaginez un instant le monde dans 25 ans : un monde dans lequel les pays en développement sont les moteurs de la croissance économique mondiale, et où la moitié ou plus du pouvoir d’achat global est le fait de ces pays, qui comptent en outre quelque 1,2 milliard d’habitants pouvant être caractérisé comme représentant une « classe moyenne ». (Rapport de la Banque Mondiale : « Perspectives pour l’économie mondiale 2007 : Gérer la prochaine vague de mondialisation »)

Sans prétendre à une évaluation exhaustive des politiques économiques menées au Sud et à l’Est de la Méditerranée depuis une quinzaine d’années (pour une approche complète, voir les rapports publiés annuellement par le FEMISE), on formulera néanmoins les remarques suivantes.

Tout d’abord, les taux de croissance enregistrées par les pays du Maghreb et du Mashrek ont indéniablement favorisé l’émergence d’une classe moyenne, celle-ci jouant aujourd’hui un rôle crucial dans les événements actuels. Cependant, cette croissance est restée modeste au regard des économiques asiatiques, en tout cas insuffisante pour résorber la pauvreté et le chômage qui touchent une grande partie de ces populations, notamment les jeunes.

Par ailleurs, le bilan de l’ouverture aux échanges avec l’Union Européenne, pierre angulaire du partenariat euro-méditerrranéen, n’a pas eu les résultats espérés. Les pays du Sud bénéficiant bien avant 1995 d’un accès privilégié au marché européen, le démantèlement des barrières douanières a davantage bénéficié aux exportations et aux investissements venant du Nord de la Méditerranée que l’inverse. Sans même parler d’une libre circulation des personnes, le blocage des discussions sur l’ouverture des échanges aux produits agricoles a encore plus limité le rééquilibrage Nord-Sud qu’on était en droit d’attendre de la constitution d’une future zone de libre-échange.

Encouragés par la coopération euro-méditerranéenne aussi bien que par les plans d’ajustement structurels du FMI, les pouvoirs publics des pays arabes ont peu à peu abandonné ou délaissé la gestion d’une majeure partie des services publics qui fondaient une grande partie de leur légitimité populaire. S’étant délestés de leurs outils de redistribution, les États se sont recentrés sur leurs fonctions « sécuritaires ». Dans ce contexte, les appels à une meilleure « gouvernance » dans les pays du Sud de la Méditerranée se sont avérés en grande partie incantatoires.

L’insurrection des habitants de Tunisie, d’Égypte ou d’Algérie nous montre l’exaspération des populations face à une concentration toujours plus importante aux mains d’un nombre restreint de personnes proches du pouvoir politique. Ce phénomène « kleptocratique » commun à une grande partie des pays du Maghreb et du Proche-Orient (et au-delà) a été largement favorisé par la libéralisation et l’internationalisation de ces économies. Pour une large majorité des habitants, les impasses de ce mode de gouvernance se traduisent par de grandes difficultés à assurer une vie quotidienne décente. En 2008, l’Égypte, la Tunisie et le Maroc ont ainsi connu des émeutes de la faim et l’on aurait tort d’oublier que les insurrections de l’hiver 2010-2011 ont eu pour facteur déclenchant des mouvements de protestation contre le prix trop élevé des denrées alimentaires.

Penser le développement comme un processus inéluctable de « normalisation » des sociétés, une sorte de « fin de l’Histoire », résultant de l’intégration progressive des économies et des sociétés à la globalisation, a conduit les politiques méditerranéennes à une impasse. Aujourd’hui, l’Histoire semble de retour.

Irréversibilité du procesus et pluralité des devenirs possibles

En définitive, les événements en cours devraient inviter les experts des questions méditerranéennes à la modestie et à la prudence.

Tout d’abord, parce que le rôle de l’Europe semble particulièrement limité dans la période actuelle. C’est compréhensible en Égypte, pierre angulaire de la politique américaine au Proche-Orient depuis 1979 : il était naturel que les États-Unis occupent une place de choix dans les tractations diplomatiques qui ne pouvaient manquer d’accompagner une crise aussi grave pour leurs alliés historiques. C’est plus étonnant en Tunisie où les dirigeants politiques européens et notamment français ont été constamment dépassés, jusqu’au ridicule, par le cours des événements.

Les mouvements d’insurrection démarrés en Tunisie à Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010, apparaissent comme une irruption du politique au sens que lui donnait Hannah Arendt : la constitution d’un espace public par le rassemblement physique d’hommes et de femme soucieux d’exprimer leur conception du bien commun et de participer directement à la réalisation de l’intérêt général. Et, poursuit Hannah Arendt dans La condition de l’homme moderne, ces « moments politiques » sont caractérisés par l’incertitude, la pluralité et l’irréversibilité. Dans le contexte actuel, cette affirmation semble particulièrement pertinente.

Si la police tunisienne ne s’était pas lancée dans une meurtrière et suicidaire répression à balles réelles sur les manifestants, parlerait-on encore de l’insurrection tunisienne ? L’incertitude et l’aléa règnent et de multiples scénarii sont aujourd’hui envisageables.

Va-t-on vers l’émergence d’États de droit pluralistes et laïques conformes aux attentes d’une partie des habitants des pays arabes prenant part aux insurrections mais aussi aux attentes du monde occidental ?
Se dirige-t-on vers une irrésistible montée en puissance de la mouvance islamiste dans le contrôle d’appareils d’État dont elle était jusqu’à présent écartée ? Un autre scénario serait celui du statu quo, avec une reconstitution rapide des régimes en place, les équipes succédant aux actuels gouvernants laissant intact le régime de concentration du pouvoir administratif et des richesses économiques et maintenant les alliances géopolitiques. C’est ce qui semble se jouer actuellement dans les coulisses de la « révolution » égyptienne.

La pluralité est également au cœur des révolutions arabes : c’est bien la diversité de sociétés plurielles qui est révélée par les événements de Tunisie, d’Égypte ou d’Algérie. Il est d’ailleurs important de ne pas céder à la confusion et aux illusions d’optique : chaque pays arabe est différent, l’Égypte n’est pas l’Algérie qui n’est pas la Tunisie. L’apparente continuité des événements actuels, souvent présentés comme une « traînée de poudre », ne saurait cacher l’hétérogénéité qui caractérise fondamentalement la mosaïque méditerranéenne. Cette diversité des sociétés est trop souvent omise par les experts et les politiques méditerranéennes.

Il est enfin crucial de reconnaître l’irréversibilité du processus en cours. Le temps n’est donc pas à inviter « nos amis » tunisiens ou égyptiens (comme le veut la condescendante expression consacrée) à une refondation de l’Union pour la Méditerranée et du partenariat euro-méditerranéen.

L’urgence est aujourd’hui de prendre acte de l’incertitude radicale et de la pluralité des devenirs possibles, de se mettre à l’écoute des décisions que les sociétés de la rive Sud de la Méditerranée prendront par elles-mêmes et pour elles-mêmes.
L’Europe et notamment les pays de la rive Nord pourront alors jouer un rôle dans l’accompagnement de ces choix.

Vincent Wallaert, Mathilde Dioudonnat,Audrey Séon
Chargés d’étude à l’Institut de la Méditerranée de Marseille


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