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L’Union pour la Méditerranée :
« L’avenir de l’Europe est au Sud »…

Tous pays UPM | 5 mai 2008 | src.Nouvelle Europe
Paris - L’intérêt de l’Union européenne à s’associer à la rive sud de la Méditerranée est multiple : pour des raisons de gestion de flux migratoires, de diversification de son approvisionnement en hydrocarbures, de développement de ses marchés et l’importance de maintenir une certaine stabilité à ses frontières, l’Union européenne doit s’impliquer dans la relation avec son « flanc sud ».

Carte de l’UPM

par Luce Ricard
IEP Paris, 03-05-2008
Source : Nouvelle Europe

Cette urgence n’a pas été oubliée par l’UE qui a lancé en 1995 le Processus de Barcelone qui est toujours en place [NDLR : au moment où écrit l’auteure, en mai 2008]. Or, l’année 2007 a été marquée par la proposition de Nicolas Sarkozy d’établir une « Union pour la Méditerranée ». Si le projet reste « flou », il n’en est pas moins au cœur des débats européens et méditerranéens depuis l’arrivée au pouvoir du Président français et l’avènement prochain de la France à la Présidence du Conseil européen en fera une question de premier plan.

Pourquoi coopérer ?

En dépit du nouveau contexte international et régional particulièrement bouleversé, l’Europe a l’intérêt de poursuivre et même à approfondir ses relations avec cette partie du monde. Les raisons pour ce faire sont multiples. D’un côté, de nouveaux enjeux de développement et de mouvements de population concernent les pays européens et les rives de la Méditerranée. L’émigration de la population méditerranéenne vers un espace européen sans frontières, et donc plus vulnérable, que ce soit au sud ou au nord de l’Europe, impose à l’UE de prendre de mesures et d’être en tête de file du développement méditerranéen.

De l’autre côté, l’approfondissement de la coopération entre l’UE et la Méditerranée serait l’opportunité de dépasser les conflits qui y font rage par la mise en place de projets concrets de coopération inter-régionale. Et enfin, si ce n’est pas l’Europe qui développe ce projet, région voisine et directement concernée, la Chine ou les Etats-Unis se montrent de plus en plus volontaires pour y prendre le leadership.

Concernant les actuelles relations entre les Etats européens et la rive sud de la Méditerranée, la question migratoire a acquis une place incontournable. Les déséquilibres démographiques se faisant de plus en plus sentir, avec une croissance rapide des populations actives au sud de la Méditerranée et une disparité criante des niveaux de vie de part et d’autre, l’émigration et les politiques de visa sont devenus des thèmes centraux de la politique intérieure des pays du Nord mais aussi une donnée clef des relations entre les gouvernements du Nord et ceux du Sud. Pour les Etats de la rive sud et notamment du Maghreb, cette politique des visas doit être abordée et devra être au centre de la coopération de l’Union pour la Méditerranée.

Les drames découlant de l’immigration illégale sont devenus monnaie courante et la gestion de ces flux non contrôlés de plus en plus difficiles à gérer au Nord. En parallèle, le Sud souffre d’une « fuite des cerveaux » particulièrement importante, mettant en péril le développement dans la région par les élites. Il existe un véritable besoin de coordination des politiques migratoires, d’aide à la gestion des flux d’immigration illégale mais aussi de partenariats universitaires afin de limiter cette « fuite des cerveaux ».

Cette nécessité d’une relation approfondie entre l’Europe et la rive sud de la Méditerranée répond également à un autre impératif : pour Jean-Pierre Jouyet, il s’agit également d’insuffler une nouvelle dynamique entre l’UE et le sud, qui répondrait à un mouvement mondial « où les puissances nouent des relations avec leur flanc sud » comme les États-Unis et le Mercosur (18 % des IDE américains se font en Amérique latine contre 2 % d’IDE européens au sud de la Méditerranée). C’est sur cette prise de conscience mondiale d’économies complémentaires à connecter que s’appuie aussi Jean-Louis Guigou, délégué général d’IPEMED, qui plaide pour le suivi de l’exemple de l’ALENA et de L’ASEAN +3.

Une telle intégration du « flanc sud » de l’UE permettrait d’enrayer l’aggravation actuelle de la marginalisation de la Méditerranée dans l’économie mondiale.

La périphérisation de l’espace méditerranéen dans l’économie mondiale est attestée par de nombreux indicateurs : la contribution des pays méditerranéens de la rive Sud et Est mondiaux aux échanges mondiaux est en baisse (près de 4 %), les flux d’investissements sont minces (2 % du total des IDE), le dépôt de brevets est insignifiant (moins de ½ %).

Cette marginalisation économique, couplée à une marginalisation politique contribue à l’isolement de la zone et peut mener à un repli des Etats de la région empêchant toute ouverture et dialogue : « En Méditerranée, le monde jouera la pire des guerres ou la meilleure des paix. C’est en Méditerranée que se cristallisera le dialogue des cultures entre l’Occident et l’Orient ou l’opposition et l’exacerbation des tensions, c’est en Méditerranée que nous réussirons la paix autour des projets concrets ou que nous échouerons » (Nicolas Sarkozy, Appel de Rome).

La Méditerranée est le lieu d’affrontement de plusieurs conceptions des relations entre l’Occident et le Monde arabe, l’une préconisant un dialogue et une coopération renforcée, l’autre considérant comme inévitable un affrontement entre deux sphères distinctes.

Le partenariat euro-méditerranéen apparaît comme l’unique moyen de promouvoir la Méditerranée au sens braudelien, c’est-à-dire comme lieu d’interpénétration des cultures plutôt que la vision d’Huntington de choc des civilisations.

La nouvelle « concurrence » sino-américaine

La nouvelle « concurrence » sino-américaine dans la région en terme d’accès aux ressources énergétiques. Si l’UE connaît une concurrence « politique » de la part des Etats-Unis dans la région, elle est aussi concurrencée sur le plan commercial par la Chine et les Etats-Unis.

Les liens entre l’UE et la rive sud de la Méditerranée sont d’ordre humains, commerciaux et financiers et l’UE reste le partenaire essentiel de ces pays. Cependant, les besoins énergétiques croissants de la Chine et des Etats-Unis poussent ces derniers à s’intéresser aux ressources en matières premières de la rive sud méditerranéenne, expliquant le développement d’accords de commerce et d’aide au développement. Il existe d’ores et déjà un accord de libre-échange américain avec le Maroc et avec l’Algérie. Les Etats-Unis projettent par ailleurs de créer en 2013- 2015 une zone de libre-échange avec le Maghreb et le Moyen-Orient. La Chine a récemment signé des accords bilatéraux avec les pays de la zone qui lui permettent un approvisionnement en matières premières en contrepartie duquel elle investit dans le pays concerné.

Pour Hubert Védrine et le Cercle des Economistes, « Pays de la Méditerranée : si l’Europe ne se rapproche pas d’eux, ce sera les Etats- Unis ou la Chine ».

L’Union pour la Méditerranée : le projet

Face à ce nouveau contexte international et aux défis que pose la Méditerranée à l’Europe et qui n’ont pas réussi à trouver une réponse lors du Sommet Anniversaire des dix ans du Processus de Barcelone en 2005, Nicolas Sarkozy a lancé après son élection en tant que Président de la République française le projet de l’Union pour la Méditerranée.

Caractérisé par un « flou » dommageable à la promotion du projet, c’est à travers ses discours et des sommets européens que se sont dessinés les contours d’une possible Union pour la Méditerranée.

C’est au cours de son discours de Toulon le 2 février 2007 que N. Sarkozy, alors en pleine campagne électorale a évoqué l’idée de cette Union, reprise de manière assez vague lors de son discours d’investiture. Cependant, il faudra attendre le Discours de Tanger du 23 octobre 2007, lors d’une visite d’Etat au Maroc, pour que le projet soit précisé.

Le Président français y parle d’une « Union de projets » fondée sur le développement durable, l’énergie, les transports et l’eau. « Faisons ce qu’ont fait les pères fondateurs de l’Europe. Tissons entre nous des solidarités concrètes, sans cesse plus étroites, autour de projets pragmatiques qui mettent en jeu les intérêts vitaux de tous nos peuples. (…) Faisons comme les pères fondateurs de l’Europe qui ont fait travailler ensemble des gens qui se haïssaient pour les habituer à ne plus se haïr » Tanger, octobre 2007.

Il y distingue les deux unions (européenne et méditerranéenne) et parle de la nécessité d’y associer la Commission. L’appel de Rome du 20 décembre 2007 réunissant N. Sarkozy, R. Prodi et J.L. Zapatero confirme cette dynamique tout en mettant déjà en évidence un remaniement de la proposition française : les déclarations des chefs d’Etat évoquent plutôt une relance du processus de Barcelone plutôt qu’une refondation du partenariat. C’est au cours de ce sommet que la décision d’une réunion des Etats riverains de la Méditerranée et des Etats membres de l’Union européenne le 14 juillet 2008 à Paris, précédée le 13 juillet d’une réunion des Etats du pourtour méditerranéen, a été prise.

Le projet français invitait les Etats riverains de la Méditerranée à créer une « union politique, économique et culturelle fondée sur le principe d’égalité stricte entre les nations d’une même mer », « une Union de la Méditerranée (ne se confondant pas) avec le processus de Barcelone ».

Dans cette proposition initiale, il était donc considéré que seuls le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre et la France du côté Nord participeraient à cette Union, qui se retrouverait de fait séparée, à côté de l’UE et en même temps superposée à l’UE.

C’est dans un esprit de retour à une unité perdue que N. Sarkozy a pensé cette union et c’est cette idée qui a arrêté son choix des pays riverains uniquement comme participants à cette union : « Je sais qu’au fond de chaque homme et de chaque femme qui vit sur les rives de la Méditerranée, gît le souvenir et le regret d’une unité perdue depuis 15 siècles. » N. Sarkozy, discours de Tanger

Dotée d’institutions propres, N. Sarkozy voyait l’Union articulée par un « G-Med », à savoir une rencontre périodique des chefs d’Etats membres de l’Union pour la Méditerranée, sur le modèle du G8 et par un « Conseil de la Méditerranée », calqué sur le Conseil de l’Europe, d’une « Agence de la Méditerranée » (conseillée par l’Assemblée nationale) sur le modèle de la Commission européenne et d’une Banque euro-méditerranéenne d’investissement autonome.

Cependant, au fil des nouvelles précisions que connaissait le projet, certains Etats membres de l’UE, à la tête desquels l’Allemagne se sont opposés à la conduite d’un projet qui répondrait aux principes exposés par le Président français.

Vue comme une source de division au sein de l’UE et notamment au sein du couple franco-allemand, l’Union pour la Méditerranée de N. Sarkozy avait été vivement critiquée par Angela Merkel lors de la conférence de Berlin du 5 décembre 2007. Elle y exprimait son inquiétude de voir certains Etats membres attirés par l’est quand d’autres l’étaient par le sud. Pour elle, un tel projet devrait relever du principe de coopération renforcée, certains Etats ne souhaitant pas y participer et d’autres, non riverains de la Méditerranée souhaitant par contre y être associés.

L’Union pour la Méditerranée (UPM) qui était jusqu’en mars 2008 appelée Union méditerranéenne, change de nom et le sommet de Hanovre du 3 mars donne naissance au compromis franco-allemand validé par le Conseil européen le 13 mars. Ce compromis comprend l’implication de 39 Etats dont les 27 Etats-membres et 12 Etats de la rive sud et est de la Méditerranée qui étaient déjà parties prenantes du Processus de Barcelone (cependant, la Turquie, le Liban et la Syrie n’ont pas encore arrêté leur décision). L’Union sera fondée sur des projets de coopération environnementale, scientifique, culturelle et d’éducation.

Le compromis validé par le Conseil européen en mars 2008 a arrêté une coordination de l’Union par deux directeurs, l’un provenant d’un Etat membre de l’UE et l’autre d’un Etat non-européen pour deux ans, à la tête d’un secrétariat réduit, ajouté à des sommets bi-annuels présidés paritairement par les Etats du Nord et du Sud. Il a également été déterminé que les projets seraient financés par les fonds alloués au Processus de Barcelone et complétés par des financements privés.

Quelle valeur ajoutée par rapport à Barcelone ?

La question a été maintes fois posée : pourquoi refonder un partenariat euro-méditerranéen alors que le cadre du Processus de Barcelone n’est pas mort ? Quelle valeur ajoutée présente cette UM ?

Une relation paritaire

Pour l’ambassadeur français chargé du partenariat euro-méditerranéen, François Gouyette, L’Union pour la Méditerranée « a le mérite de remettre la région Méditerranée au centre des préoccupations européennes ». Selon lui, une telle organisation mettrait en évidence des solidarités de fait entre les méditerranéens et une identité méditerranéenne dont le processus de Barcelone ne tiendrait pas compte. Par ailleurs, il s’agirait d’une approche « paritaire », comme l’Union de la Baltique, entre des membres et des non membres de l’UE autour de projets spécifiques.

C’est en terme de « rééquilibrage » que l’on vante souvent les atouts de l’Union pour la Méditerranée par rapport au Processus de Barcelone. L’institutionnalisation du partenariat via l’Union pour la Méditerranée permettrait, d’après Jean-Pierre Chevènement et l’ambassadeur du Royaume du Maroc, M. Hassan Abouyoub, une « appropriation » par les populations de la rive sud des objectifs du développement.

Pour Henri Gaino [inspirateur du prolet,NDLR], le dialogue encadré par le processus de Barcelone était déséquilibré car « il consistait pour l’Europe à offrir son aide, à formaliser des rapports de prestataires à clients ».

Jean-Louis Guigou va jusqu’à parler de « changer de méthodes de travail » pour accepter la co-responsabilité, la co-décision et le co-financement nord- sud pour mettre fin à une relation jusqu’à présent fondée sur la dissymétrie et le lien centre-périphérie voire dominant-dominé. Une conditionnalité impossible : renversement de méthode

Pour beaucoup, la conditionnalité de la coopération à la résolution de questions politiques avait empêché le développement du processus de Barcelone. C’est une autre logique pour laquelle plaide Henri Guaino : la paix et la démocratie devraient selon lui constituer l’aboutissement du partenariat et non sa condition, estimant que « c’est en avançant sur des coopérations concrètes, de plus en plus étroites, que l’on peut créer des liens de solidarité entre les peuples ». C’est donc avec un état d’esprit différent que s’établirait l’UM.

Un recentrage sur le secteur privé

Le développement du secteur privé et l’importance de l’entreprise doivent porter le projet selon M. Hassan Abouyoub. Cette urgence du développement du secteur privé est aussi la thèse d’Olivier Pastré qui rappelle que le secteur privé représente parfois moins de 20% des crédits bancaires sur la rive sud de la Méditerranée. Le débat des experts

Le projet d’UPM a suscité beaucoup de controverses mais aussi de propositions, de pistes pour donner corps à cette union. Hubert Védrine et le Cercle des économistes sont allés jusqu’à constituer une véritable « feuille de route » pour l’Union.

Pour Hubert Védrine, c’est sur une base de conditionnalité en matière d’intégration économique régionale que doit se faire le partenariat euro-méditerranéen. Partant du constat que moins de 5 % des échanges des pays de la zone MENA se font sur une base régionale, contre 50 % pour l’UE et que seulement 10 % des actions entreprises par MEDA sont de caractère régional, Hubert Védrine et le Cercle des Economistes estiment que quatre dossiers prioritaires doivent être pris en charge, à savoir : l’agriculture, l’énergie, le textile et la formation professionnelle. Rappelant le rôle central de l’agriculture (en tant que secteur mais aussi pour la consommation) dans une zone qui manque cruellement d’eau, il propose l’établissement d’une Politique de Coopération Agricole Euro-méditerranéenne pour les pays méditerranéens qui serait sélective et graduelle et s’appuierait sur les questions de gestion de l’eau, de coopération renforcée en matière de négociations internationales et sur la création d’un Forum Agricole euro-méditerranéen.

Soulignant les inégalités énergétiques entre une rive nord plus riche et plus grand consommateur d’énergie face à un sud où sont concentrées les principales ressources énergétiques (Algérie, Libye, Egypte qui regroupent 5 % des réserves mondiales de gaz naturel et 3 % des réserves de pétrole), Hubert Védrine souligne la complémentarité de l’espace méditerranéen en termes énergétiques, déjà exploitée par l’Organisation Méditerranéenne pour l’Energie (OME). Il propose une coopération approfondie concernant les infrastructures d’échange (les gazoducs Transmed et Maghreb-Europe existent mais d’autres liaisons sont à l’étude), l’articulation des marchés Nord/Sud et les questions de politique énergétique commune (une interconnexion électrique Maroc-Espagne fonctionne d’ores et déjà.

Le secteur du textile, qui atteint 35 à 40 % des exportations et emplois de l’industrie en Tunisie et au Maroc, fait partie des « secteurs clés » devant être abordés par l’UPM. Hubert Védrine estime que la filière textile habillement (TH) est la partie du secteur à privilégier pour aider les producteurs du Maghreb à répondre à la concurrence asiatique (en améliorant les circuits de distribution et en augmentant la gamme des produits). Il propose deux mesures concrètes allant dans ce sens : tout d’abord la mise en place d’une Organisation méditerranéenne du textile et de l’habillement (OEMTH) ainsi que d’un Observatoire économique impulsant des cycles de formation dans les métiers de la mode pour améliorer les niveaux de qualification et favoriser l’innovation et la R&D.

Enfin, l’analyse d’Hubert Védrine consiste à penser la formation professionnelle comme la clef de voûte de la croissance. Pour permettre un processus qu’il nomme « délocalisation-relocalisation » des entreprises européennes au sud plutôt qu’en Asie, il propose la mise en place de formations de la main d’œuvre. Dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche, le programme ERASMUS Mundus devrait être étendu aux DEUG et licences mais surtout, l’UE pourrait créer un « espace européen de l’enseignement supérieur euro-méditerranéen mettant en réseau des universités des deux rives et accroissant la mobilité des étudiants et professeurs (sur le modèle du programme TEMPUS III).

C’est une UPM reposant sur des projets certes mais également sur trois axes ayant des répercussions sur l’ensemble des aspects de la relation euro-méditerranéenne. En effet, si on ne peut espérer aborder tous les enjeux de la relation, la concentration sur des questions transversales serait la clef de l’UM. L’analyse de l’ancien ministre préconise d’autant plus l’abord de questions aujourd’hui centrales et litigieuses en terme de commerce mondial comme l’agriculture et le textile. Blocages

Cependant, et ce, malgré les avancées que propose l’UPM, des blocages inhérents à la région ne pourront être ni contournés ni résolus par l’Union pour la Méditerranée.

Le fait que cette Union rassemble des zones de conflits et de tensions notoires comme la Palestine, Israël, le Liban, la Syrie et le Sahara occidental entre autres ne peut que conditionner l’évolution de l’Union et cela malgré le fait que cette dernière soit pensée comme une union pragmatique, fondée sur des projets. La donnée politique voire humanitaire ne saurait être occultée. Si l’UPM peut éventuellement servir de forum de débats et de négociations entre ses membres, on voit néanmoins mal comment elle pourrait résoudre des conflits que les instances internationales et régionales et les missions diplomatiques n’ont jamais réussi à gérer.

Par ailleurs, le risque de déclenchement de conflits armés entre les membres de l’UPM n’est pas une hypothèse à écarter. Comment l’UPM pourrait y faire face ? L’hétérogénéité politique et économique des futurs membres ne va pas non plus sans poser de questions. Les pays du sud de la Méditerranée font tous aujourd’hui face à des défis importants (régimes autoritaires, situation économique dégradée, crise identitaire, terrorisme, etc) mais d’une intensité différente. Contrairement aux Etats candidats à l’entrée dans l’UE, l’UPM ne pose pas de conditions de stabilité ni de développement et ne cherche pas à atteindre un niveau de vie équivalent en son sein.

L’instabilité des régimes de la rive sud et l’hetérogenéité qui existe entre les démocraties de la rive nord et les régimes souvent autoritaires de la rive sud peuvent également couper court au dialogue ou du moins le compliquer fortement. La mauvaise entente qui règne entre nombre d’Etats de la rive et la présence d’Israël n’iront pas sans créer de tensions. Il reste à savoir dans quelle mesure l’UPM saura les surmonter.

Enfin, au sein même de l’UE, certaines réticences, peut-être dues à une mauvaise communication du projet, pourraient rendre l’UPM difficile. Tout d’abord, l’image même du projet, son interprétation pourrait être considérée comme un obstacle. La médiatisation en tant que « projet de Nicolas Sarkozy » qu’a connu l’UPM n’est sans doute pas allée dans l’intérêt de son adoption.

Souvent présentée comme une remise en cause cachée du processus de Barcelone, l’Union Méditerranéenne est aussi vue comme un projet trop français, cherchant avant tout à servir les intérêts de la France dans le monde arabe. Si le Président a tenu à rassurer ses partenaires sur ces inquiétudes, la méfiance demeure pour certains pays des deux rives.

« La France poursuit essentiellement des objectifs nationaux à travers cette initiative. Il s’agit de montrer qu’elle est à nouveau capable d’exercer un leadership dans cette région où les Français ont eu une influence continue depuis la fin du XIXe siècle. On trouve aussi une idée chère au Président de la République : prendre un certain nombre de thématiques européennes dont il considère qu’elles sont en panne, pour les relancer avec une énergie différente et un angle de vision légèrement décalé − en l’occurrence un rétrécissement du partenariat euro-méditerranéen aux seuls Etats riverains » explique Dorothée Schmid, spécialiste des questions méditerranéennes et moyen−orientales à l’Institut français des relations internationales (IFRI) à Toute l’Europe.

L’ambiguïté de la « légitimité » revendiquée par la France en Méditerranée est paradoxale puisque s’appuyant sur « la légitimité coloniale » comme le souligne Dorothée Schmid. Par ailleurs, elle évoque l’« usage interne » de l’UPM dans la séduction des électeurs français d’origine méditerranéenne.

De plus, la création de l’Union pour la Méditérranée, en plus du Processus de Barcelone est une démarche qui n’a pas été comprise par tous les partenaires de la France, le Processus de Barcelone n’étant pas un échec patent. La démarche du président français qui n’a pas consulté ses partenaires européens a choqué. L’UPM a souvent été perçue et notamment par l’Allemagne comme un moyen de diviser l’UE entre les membres tournés vers l’est et ceux tournés vers le sud. Si le compromis de Hanovre intègre les 27 dans l’UPM, le projet reste considéré comme une réponse à la proximité allemande vis-à-vis des nouveaux membres et des partenaires de l’UE à l’est et donc comme une source de division et de relativisation du couple franco-allemand comme base.

Luce Ricard
IEP Paris, 03-05-2008
Source : Nouvelle Europe

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