L’OCDE veut contribuer à la promotion
de la condition féminine en région MENA

France - Maroc | 6 octobre 2009 |
Paris - Marrakech - La réunion ministérielle OCDE-MENA qui aura lieu à Marrakech le 23 novembre rassemblera des décideurs politiques, des représentants de la société civile, des chefs d’entreprise et des syndicats, afin d’avancer vers un meilleur climat des affaires. Au cœur des discussions : la promotion des femmes dans l’économie et la vie publique.

Première réunion de ce genre depuis le début de la crise économique mondiale, elle permettra aux gouvernements de se concentrer sur la stimulation de l’emploi dans une zone où le taux de chômage moyen est de 10 %, ainsi que sur la lutte contre la pauvreté et le renforcement des dispositifs de protection sociale.

« Au cœur des discussions figurera la nécessité de promouvoir l’intégration des femmes dans l’économie et la vie publique, l’un des meilleurs moyens de promouvoir la prospérité et le bien-être social " : tel était le message essentiel que les cadres de l’OCDE en charge de ce programme tenaient à faire passer, lors d’une conférence de presse préparatoire, qui s’est tenue le 1er octobre à Paris, au CAPE (Centre d’accueil de la presse étrangère).

Pour la circonstance, les organisateurs de l’OCDE avaient invité plusieurs représentantes de femmes actives et engagées du monde arabe : Mme le Professeur des Universités (Tunisie) Soukeina BOURAOUI, Directrice exécutive, Centre pour la formation des femmes arabes et la recherche de Tunisie ; Mme Neveen EL TAHRI, PDG de Delta Holding for Financial Investments, (Egypte) ; Mme Leila KHAÏAT, Première Vice Présidente, Chambre Nationale des Femmes Chefs d’Entreprise (CNFCE) de Tunisie. Enfin, M. Azzeddine DIOURI, Secrétaire général, Ministère de la Modernisation des Secteurs Publics du Maroc – en remplacement d’une personnalité féminine marocaine, empêchée au dernier moment pour cause de … promotion ! Côté OCDE, étaient présents Mme Nicola EHLERMANN-CACHE, Analyste principale, ainsi que M. Carlos CONDE, Coordinateur du programme OCDE-MENA.

Témoignages sur la situation actuelle des femmes au Maghreb

Un premier tour de table permit aux différents protagonistes de faire partager leur témoignage personnel sur la question.

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Mme Leila Khaïat (Tunisie)
© leJMED.fr

Ainsi Mme Leila Khaïat évoqua-t-elle brièvement comment elle s’est engagée dans l’action associative :

« Après quelques années d’un début de carrière comme prof de lettres, je suis devenue chef d’entreprise dans les années 1980, en plein renouveau fondamentaliste. Autant vous dire qu’ils voyaient d’un très mauvais œil les femmes chef d’entreprise. Nous nous sentions bien seules !…

En 1998, à Hammamet, nous avons créé le Conseil mondial des femmes arabes chef d’entreprise, dont je suis maintenant la 1re vice-présidente, Présidente, et nous avons essaimé dans plusieurs pays où n’existait aucune association, comme le Maroc, l’Algérie, l’Egypte, la Syrie, le Koweït, et bientôt le Liban…

Néanmoins, beaucoup reste à faire. A Tunisie, la loi a établi un quota fixant un minimum de 30 % des emplois publics réservés aux femmes. Mais c’est vrai, les femmes continuent à se tenir en arrière… »

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M. Azzeddine Diouri (Maroc)
© leJMED.fr

M. Azzeddine Diouri, Secrétaire général du Ministère de la modernisation des Secteurs publics du Maroc, et qui remplaçait au pied levée une personnalité féminine empêchée à la suite d’une toute récente promotion, livra le point de vue marocain :

« La conférence de Marrakech, en novembre, sera aussi une occasion de plus, pour le Maroc, de promouvoir les droits de la femme, qui bénéficient d’ailleurs depuis quelques années d’une discrimination positive de fait, alors qu’aucune discrimination « négative » ne figure dan le Code national de la Fonction publique.

Bien sûr, nous savons qu’au Maroc beaucoup de femmes sont occupées dans le secteur informel. Ainsi, avec l’INDH – l’Initiative nationale pour le développent humain – nous œuvrons pour développer notamment le micro-crédit, en faveur des micro-entreprises, en particulier celles d’initiative féminine.

Depuis 2006, nous développons aussi des actions positives en nous appuyant sur l’expérience de notre partenaire en la matière, le CAES canadien. Depuis sa création en 2005, l’initiative de l’OCDE a pour objectif le partage volontaire, voire volontariste, des expériences de bonne gouvernance. A Marrakech, le Maroc, la Tunisie et l’Egypte présenteront leurs expériences. La vraie valeur ajoutée de l’OCDE, à mon sens, est que rien n’y est imposé. Il n’y a pas de pression, pas de confidentialité. »

L’OCDE et le « volontarisme de recommandation »

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Mme Nicola Ehlerman-Cache (OCDE)
© leJMED.fr

Mme Nicola Ehlerman-Cache, Analyste principale à l’OCDE, apporta quelques éclaircissements sur les objectifs et la méthode de l’OCDE : « Les temps changent… Le taux d’instruction des femmes arabes est maintenant impressionnant, et pourtant il reste tellement à faire pour la condition féminine ! Avec cette initiative, l’objectif de l’OCDE est aujourd’hui de ramener autour d’une même table les représentants des États, des entreprises et de associations.

Notre méthode est celle de la recommandation, des bonnes relations entre pairs – ce qui permet dialogue et apprentissage mutuel – de la valorisation des bonnes pratiques, et cela par une approche très localisée, en particulier sur les procédures de financement des micro-entreprises portées par des femmes.

Depuis quelque dix ans, la méthode de l’OCDE est largement fondée sur les recommandations, qui sont examinées par les pairs en groupe collégial, et avec aussi la contribution des représentants du monde associatif. »

A la suite d’une brève intervention de Carlos Conde, Coordinateur du programme OCDE-MENA, qui observait que « le secteur public est le premier employeur des femmes dans le monde arabe. Les Etats embauchent, légifèrent et dépensent beaucoup pour les femmes. C’est une réalité, nous en tenons compte, et pourtant… », un journaliste fit remarquer que, selon lui, « l’emploi informel est dominant dans le monde arabe donc sans sécurité, sociale ou autre, et 40% de la population citadine vit dans des endroits informels. Le problème est dans le secteur privé, on enfonce des portes ouvertes… », Mme le Professeur Soukeina Bouraoui, Directrice exécutive du Centre pour la formation des femmes arabes et la recherche de Tunisie, qui était déjà intervenue, prit à nouveau la parole à plusieurs reprises lors du « débat » débat qui s’ensuivit, interventions que nous avons rassemblées en un texte continu, que voici :

Pr Soukeina Bouraoui : « Il nous faut un plan Marshal
pour la condition féminine »

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Pr Soukeina Bouraoui (Tunisie)
© leJMED.fr

« Presque partout dans le monde, et même dans des pays comme le Japon, la participation économique et politique des femmes reste encore trop faible. Ce que nous vivons aujourd’hui dans le monde arabe, l’Europe l’a vécu il y a trente ou quarante ans. Beaucoup d’efforts ont été faits, mais c’est encore insuffisant. Les changements sont micro plutôt que macros… C’est un problème de taille et de timing. Ce qu’il faudrait, c’est une sorte de plan Marshal de la condition féminine, en s’appuyant sur des initiatives réussies.

La question de la condition féminine doit aussi être placée au cœur des problématiques de bonne gouvernance. C’est une question de droit. Nous devons tous faire des efforts pour les femmes obtiennent la juste place qui leur revient, c’est-à-dire 50 % ! On en est loin : à ce jour, la contribution des femmes à l’économie des différents pays arabes, par exemple, s’inscrit dans une fourchette de 20 à 26 %.

Certains critiquent l’initiative de l’OCDE au regard de la condition féminine. C’est vrai que maintenant nombre d’organismes s’en occupent. Beaucoup a été fait, et pourtant force est de constater que ce n’est pas encore assez. Alors, pourquoi pas aussi l’OCDE ?! Nous devons travailler avec tous, et dans la transparence, c’es un point important, sur lequel d’ailleurs l’OCDE peut nous aider. Et nous avons besoin que l’OCDE, le FMI, et tous les autres, s’occupent de la condition féminine, vraiment, car nous avons à développer un processus fort, de rattrapage.

L’OCDE, par exemple, peut aider à ébaucher une plate-forme commune, base de discussions en toute transparence. Car il ne suffit pas que 100 % des enfants soient scolarisés. Encore faut-il savoir quelles valeurs leur sont enseignées… La question de l’école est intimement liée à celle du statut de la personne. On nous demande parfois pourquoi « ça marche », en Tunisie. Ma réponse est simple : je crois que cela tient surtout au code du statut personnel. C’est à dire une loi, mais accompagnée de programmes d’action !

Cela dit, pour avancer, il nous faut des études, auxquelles l’OCDE pourrait concourir, pour dire le poids que supportent les femmes. Il faut régler des problèmes souvent considérés collatéraux, mais qui en fait sont structurants. Par exemple : qui s’occupe des enfants ? Et sur ce point, on remarquera d’ailleurs que la problématique est la même, au Sud comme au Nord. En revanche, on observera aussi que bon nombre de pays arabes connaissent aujourd’hui des conflits réels, internes ou internationaux. C’est dans ce contexte que vivent les femmes arabes, et qu’il faut aussi resituer notre problématique.

Le travail avec l’OCDE gagne à être mieux connu. Certains sont trop critiques avec les organisations internationales. Il nous faut continuer à travailler ensemble, on ne pourra pas avancer autrement ! »

Alfred Mignot
Paris, le jeudi 1er octobre 2009

A lire également sur ce sujet :

> Agenda : Forum des entreprises MENA-OCDE et Sommet des Femmes entrepreneurs, à Marrakech (Maroc), le 22 novembre 2009

> Agenda : Conférence ministérielle MENA-OCDE 2009 à Marrakech (Maroc), le 22 novembre 2009

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