Mezri Haddad
- L’Ambassadeur de la Tunisie à l’Unesco : l’homme qu’il faut à la place qu’il faut

C’est surtout une bonne nouvelle pour les euros et arabo-méditerranéens que nous sommes, car Mezri Haddad a été l’un des premiers intellectuels arabes à défendre l’Union pour la Méditerranée, dans la presse française et arabe ainsi qu’au sein de « Daedalos Institute of Geopolitics », think tank chypriote qu’il co-dirigeait.
Photo ci-dessus : S.E. Mezri Haddad, Ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO © DR
Choisir un intellectuel charismatique comme Mezri Haddad pour représenter la Tunisie à l’UNESCO est un acte politique fort du Président tunisien, qui dénote un sens très aigu des enjeux mondiaux présents et futurs. Mezri Haddad est en effet l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Et ce pour plusieurs raisons.
Un universitaire accompli
Primo c’est un penseur réformiste et profondément humaniste. En 2002, dans le quotidien La Presse, le professeur Mongi Chemli a osé le comparer à Tahar Haddad (1899-1935), premier théoricien arabe à avoir plaidé pour l’abolition de la polygamie et l’émancipation de la femme musulmane. C’était à l’occasion de la sortie de son gros livre « Carthage ne sera pas détruite », publié aux éditions Du Rocher. Bardé de diplômes : deux licences, l’une en philosophie l’autre en sociologie, diplômé d’histoire à l’école doctorale que dirigeait l’éminent orientaliste et ami de la Tunisie, Dominique Chevallier, titulaire d’un doctorat en philosophie morale et politique magistralement obtenu à la Sorbonne, Mezri Haddad est un universitaire accompli. Mais, le titre qui le distingue de tous les intellectuels tunisiens et même arabe, c’est qu’il a été le premier et encore à ce jour, le seul musulman à avoir été qualifié par le Conseil national des universités françaises (CNU), maitre de conférences en théologie catholique. Voilà un titre qui va lui être très précieux au sein d’une UNESCO soucieuse de promouvoir le dialogue des religions et des civilisations dans lequel la Tunisie est à l’avant-garde.
Un homme d’authenticité et d’ouverture
Secundo, il s’agit d’un geste fort parce que le poste d’Ambassadeur auprès de l’UNESCO est fermé depuis la moitié des années 1990. Le dernier à l’avoir occupé entre 1992 et 1996 est Abdelbaki Hermassi, un éminent sociologue connu pour ses travaux sur l’islamisme. Et avant, lui, c’était le brillant intellectuel et diplomate tunisien, Hammadi Essid. Les ressemblances entre celui-ci et Mezri Haddad sont d’ailleurs frappantes : même figure charismatique, même résonances médiatique dans les plus grands journaux et télévisions françaises, même authenticité arabo-islamique et ouverture à la modernité occidentale, même combat contre le fanatisme religieux, même sens du patriotisme, constant dévouement à la cause palestinienne et, en même temps, estime et respect à l’égard des juifs.
Certains se souviennent encore de ses dénonciations de l’antisémitisme et du révisionnisme dans la presse arabe et, surtout, du courageux article sur la dernière agression israélienne contre les palestiniens, titré « Gaza : la trahison des clercs », qu’il a signé dans Le Monde en réplique au philosophe André Gluksmann et qui a eu un grand retentissement en France.
Tertio, l’étude de sa biographie notamment sur Wikipedia montre que Mezri Haddad ne vient pas du parti au pouvoir, le RCD, ni d’aucun autre parti politique d’ailleurs. C’est un pur produit de la société civile et cela apporte un démenti cinglant aux critiques qui dénoncent régulièrement l’étouffement de la société civile tunisienne. Celle-ci existe bel et bien et, lorsqu’elle est constructive et non point nihiliste comme certaines minorités intégristes ou trotskystes, elle est même sollicitée par le président Ben Ali à contribuer à l’essor politique, économique, social et culturel de la Tunisie.
Un intellectuel engagé pour le dialogue des civilisations et des religions
Avec la récente élection à la direction générale de l’UNESCO d’Irina Bokova, qui a été l’ambassadrice de la Bulgarie auprès de cette organisation, la désignation de Mezri Haddad tombe à point nommé. La nouvelle Directrice générale de l’UNESCO, qui a battu le candidat égyptien Farouk Hosni, est déterminée à donner un nouveau souffle à l’organisation onusienne qui a souffert de la gestion trop administrative et bureaucratique de son prédécesseur. Réactiver la vocation originelle de l’UNESCO semble être son premier objectif. Le dialogue des civilisations et des religions fait également partie de ses priorités. On sait que cette question cruciale est un sujet de prédilection pour Mezri Haddad, un habitué des colloques organisés par son ami le professeur Mhamed-Hacine Fantar dans le cadre de la Chaire Ben Ali pour le dialogue des religions et des civilisations.
Mais, Mezri Haddad n’est pas qu’un philosophe cloitré dans sa tour d’ivoire, un sorbonnard loin des réalités et des intérêts de son pays. Ses nombreux écrits autant que son parcours politique atypique dénotent un patriotisme sans faille et des convictions démocratiques qui ont résisté à toutes les épreuves. Militant des droits de l’homme, défenseur acharné de la liberté de pensée, il n’a jamais manqué de courage pour afficher ses convictions politiques. Son livre – dont plusieurs journaux avaient à l’époque rendu compte – « Carthage ne sera pas détruite », est un hymne à la liberté et aussi un hommage profond au réformisme du président Ben Ali et à sa stratégie graduelle dans l’établissement de la démocratie.
La nomination de Mezri Haddad est une bonne nouvelle pour les intellectuels tunisiens, qui confirme si besoin l’intérêt que le Président tunisien porte à la culture et l’estime qu’il a toujours eu vis-à-vis des hommes et des femmes qui en sont les vecteurs. Bonne chance à Mezri Haddad dans ses nouvelles fonctions à l’UNESCO, organisation onusienne à partir de laquelle il contribuera sans doute au rayonnement de la Tunisie dans ce qu’elle a de plus cher et de plus précieux : sa culture multiséculaire, son islam moderniste, son ouverture au monde occidental et son modèle de développement social, économique et politique que beaucoup d’autres pays et non des moindres lui envient. Les Tunisiens n’ont pas de pétrole mais ils ont des idées. Et c’est pour cette raison qu’ils réussissent.
Pierre Delyon
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