Version imprimable de cet article Imprimer

Outils

Villes

Pays

Du partenariat à l’autonomie, le nouvel espoir des agriculteurs libanais du Sud et de la Bekaa

Liban | 6 novembre 2010 | src.Europa Jaratouna
Beyrouth -

En passant d’un parrainage international à un partenariat local, des coopératives agroalimentaires libanaises se dirigent d’un pas sûr vers l’autonomie. Équipements et formations sont fournis aux agriculteurs afin de faciliter la transition. Dans certaines régions rurales libanaises, où le besoin de migrer vers la capitale, à la recherche d’opportunités de travail, se fait toujours sentir, une lueur d’espoir apparaît.
Le tableau pessimiste, esquissé par certains pour ce qui est de l’avenir des zones rurales, pourrait changer graduellement. Le projet de « développement de la compétitivité de la production agricole pour les catégories marginalisées et touchées par la guerre » y est pour quelque chose.

Photo de ci-dessus : une vue des alentours de Bint Jbeil. © BintJbeil.com


Financé par l’Union européenne, et mis en œuvre par l’italien « Istituto per la Cooperazione Universitaria Onlus » (ICU), et le partenaire local Caritas au Liban, « le projet » constitue une opportunité tangible pour les habitants du Sud et de la Bekaa pour rester sur leurs terres et exploiter leurs produits, ce qui leur permettrait d’assurer un revenu suffisant et de freiner l’émigration vers l’étranger, ou la migration vers les zones urbaines.

Le projet, signé en mai 2007, a été lancé en janvier 2008, et sera clôturé en mai 2010. Le directeur du projet, Claudio Errighi, explique :« l’objectif principal est d’aider les agriculteurs et les coopératives à améliorer la production et la qualité, de les accompagner de la culture à la commercialisation, de les assister pour la gestion de la production, de partager notre expérience et de leur proposer des aides, ce qui leur permettra par la suite de jouir d’une indépendance totale et de compter sur eux-mêmes de A à Z. »

Le coût du projet est de 1,029 million d’euros (ICU et Caritas : 30 % ; Union Européenne : 70 %). Il concerne deux centres à Deir el Ahmar (Bekaa) et Bint Jbeil (Sud). Claudio Errighi souligne qu’un atelier de Caritas à Deir el Ahmar, dirigé par un groupe de femmes formées selon des normes internationales, a été équipé d’un laboratoire de contrôle de la production et de la qualité. Un important lot de machines pour la production de confitures, de Kishk (poudre de yaourt) et de cornichons… a de même été acquis. Des démarches qui permettraient aux femmes par la suite de créer leurs propres coopératives.

M. Errighi ajoute : « 20 femmes aujourd’hui commercialisent leurs produits à travers l’association « Intajouna » dans l’ensemble des branches de la chaîne de supermarchés « Le Charcutier Aoun » au Liban, avec le soutien de Caritas pour la recherche de débouchés et la réduction des coûts de transport ; le tout sous la supervision d’une ingénieure agricole et d’une experte en biochimie. »

L’olive, culture alternative

La responsable du département socio-économique à Caritas et directrice du projet au niveau local, May Assaad, assure que « les outils utilisés auparavant étaient rudimentaires. Grâce au projet, les machines et les techniques ont été développées et les femmes ont reçu une formation dans l’agro-industrie.

D’un autre côté, une étude approfondie a montré une bonne demande sur l’olive. Nous avons donc équipé le centre d’un grand pressoir à huile, ainsi qu’un autre pour les petits agriculteurs. L’afflux était important. Aujourd’hui, nous orientons les agriculteurs vers la culture de l’olive, et la production d’une huile de qualité, comme culture alternative dans des régions généralement connues pour la culture du haschisch.

Mille agriculteurs ont déjà bénéficié de ce projet dans les différents villages de Deir el Ahmar. Par ailleurs, 130 tonnes d’olives ont déjà été pressées, sans aucun problème de commercialisation, vu la demande locale importante sur ce produit ».

De son côté, M. Errighi assure qu’il existe un plan pour étendre les activités du projet à d’autres régions qui souffrent d’abandon et d’absence d’aide.

Le problème des coûts

À Bint Jbeil au Sud, le but était de renforcer les capacités des coopératives agricoles. Depuis l’été passé, la commercialisation a commencé dans les 13 branches du « Charcutier Aoun ». Ain Ebel connaît aujourd’hui un vrai chantier dans l’oléiculture, l’apiculture, et la culture du thym, avec la promotion de cultures sèches et l’amélioration de la qualité de production. Le chantier touche quatre coopératives, en plus de deux coopératives pour les productrices de Ain Ebel et Debel, sur base d’un protocole portant sur la commercialisation et de l’amélioration de la qualité.

M. Errighi indique que la qualité est bonne, mais la principale difficulté réside dans les coûts élevés de production. Il ajoute que des études ont été effectuées pour trouver les moyens d’aboutir à un prix concurrentiel en s’approvisionnant en matières premières à partir de régions plus proches, ou directement en incitant les agriculteurs à produire ces matières eux-mêmes dans leurs propres régions.

Le centre de services à Bint Jbeil montre aux agriculteurs comment gérer, commercialiser et contrôler leurs produits par le biais des coopératives. Leur prix relativement plus élevé s’explique d’une part par le fait que ce sont des produits naturels non transformés, et par les répercussions de la crise économique d’autre part.

Commerce équitable

Selon May Assaad, le plus grand défi réside dans la capacité des coopératives à concurrencer les produits importés, à qualité égale, et dans l’intégration des réseaux de « commerce équitable ».

May Assaad avoue que la commercialisation sur le marché européen n’est pas évidente. Néanmoins, l’effort est actuellement axé sur la fourniture aux membres des coopératives et aux agriculteurs d’un code barre pour leurs produits, ce qui leur donnerait plus d’indépendance et d’opportunités pour la commercialisation sur les marchés internes et externes avec une marque commerciale qui leur est propre.

Selon M. Errighi, le plus grand apport du projet est que, une fois le rôle du « parrain étranger » terminé, les groupes concernés puissent continuer leur travail sous la supervision d’un « partenaire local » (Caritas), prélude à une autonomie totale à une étape ultérieure.

« Le centre était doté, lors du lancement, d’une marmite orpheline » : aujourd’hui, Marie Atallah, une des vingt femmes bénéficiaires du projet dans le centre de Deir el Ahmar, a à sa disposition un équipement moderne grâce aux différents contributeurs. De plus, « nous avons suivi des sessions de formation avancées qui nous ont permis d’améliorer notre production sous la supervision d’experts », explique-t-elle.

Aujourd’hui, les produits de Marie – confitures, cornichons, miel… – sont commercialisés sur le marché libanais, à travers l’association « Intajouna ». Marie espère pouvoir « commercialiser ces produits plus tard sur les marchés internationaux ».

Hanaa Younès, présidente de la coopérative agroalimentaire de Debel explique de son côté : « Je bénéficie du projet depuis près d’un an. J’ai suivi plusieurs sessions de formation pour la gestion et le développement de mon activité ».

Hanaa ne craint pas l’échec après la fin du projet : « Je me rends compte du progrès que j’ai réalisé en peu de temps. Aujourd’hui, je vois mes produits sur le marché, alors que j’avais de grands problèmes à les commercialiser auparavant. Je suis sûre qu’après la fin du projet, et vu l’expérience que j’ai accumulée, ma coopérative sera capable de continuer sur le marché interne… et externe aussi ! ».

Malak Akil - Beyrouth, Europa Jaratouna
1° édition de cet article : 15/02/2010


à lire également Liban

Articles récents recommandés

 

Flash 7/7fr
Intl. es it

Agenda

Marseille - Paris - Tous pays UPM

9 janvier - 13 juin 2012

EUROMED-IHEDN : les Entretiens en 2012

Les conférences, sujet et conférencier, sont identiques à Paris et à Marseille. La plus grande liberté d’opinion est recherchée. Les conférenciers (...)

Paris - Egypte

28 mars - 23 juillet 2012

« Le crépuscule des Pharaons » revit à Paris

Statue fragmentaire d’Amon - Époque libyenne, vers 800 avant notre ère. Origine inconnue, or , 17,5 cm (H), 4,7 cm (L), 5,8 cm (P) © The (...)

Paris - France

31 mars - 25 juin 2012

Deux César face-à-face au Musée du Louvre

À travers cette exposition, le riche passé de l’Arles romaine (Arelate) renaît : de l’imposante architecture de la ville à son intense activité (...)

Sanary-sur-Mer - France

24 mai - 17 juin 2012

Maroc et Vitali, vedettes de PhotoMed 2012

La réussite, en 2011, de la première édition de PhotoMed, avec près de 50 000 visiteurs, a bien sûr encouragé la municipalité de Sanary-sur-Mer à (...)

Fès - Maroc

8 juin - 16 juin 2012

Festival des musiques sacrées du Monde

Le XVIIIe Festival de Fès des Musiques sacrées du monde se déroulera du 8 au 16 juin 2012. Son fil conducteur : réenchanter le monde, thématique que (...)

Persona Grata : Tribunes Libres, Entrevues, Portraits, Initiatives

Culture

Aux « Mardis de Marigny » : le « matrimoine » musical méditerranéen, passerelle de traditions et de modernité

Paris - Le récent « Mardi de Marigny » du 6 février 2012 était dédié au thème de « La musique en Méditerranée, une histoire de dialogue et de résonances ». Avec pour invités des personnalités reconnues pour l’excellence de leur art, cette rencontre fut une fois de plus une réussite, l’occasion de décrypter certaines interactions entre musiques méditerranéennes. Des interactions inscrites (...)

« Histoires vraies de Méditerranée » ou l’ambition littéraire originale de Marseille-Provence 2013

Marseille - Dans la perspective de Marseille‐Provence 2013, Capitale européenne (et, de fait, méditerranéenne) de la Culture, est né un projet littéraire original, ouvert à tout contributeur – « simple citoyen » comme écrivain – de treize pays méditerranéens, et fondé sur l’idée que « l’on n’a pas tous un roman à écrire mais nous avons tous une histoire à partager ». « Histoires vraies de (...)

EuroMed - UpM

J.-F. Coustillière : « Le 5+5 est un processus expérimental plein de promesses »

Toulon - Jean-François Coustillière, Consultant sur les questions euro-méditerranéennes, est un fervent défenseur de la réactivation et du renforcement du processus dit du « 5+5 », auquel participent cinq pays de la vie nord et cinq pays de la rive sud de la Méditerranée. Dans cet entretien avec la journaliste Agnès Levallois, spécialiste du monde arabe, l’ancien contre-amiral (...)

Gabriel Enkiri : « Le temps est venu
de faire la paix en Méditerranée ! »

Paris - Se référant en particulier à l’histoire de l’épopée phénicienne, qui a largement débordé de la Méditerranée – jusqu’en Bretagne ! – le journaliste émérite et écrivain Gabriel Enkiri, d’origine bretonne et libano-palestinienne, nous rappelle ici que trois pays – le Liban, la Tunisie et la Bretagne – ont noué, dans ce lointain passé, des relations commerciales que l’on pourrait (...)

Vincent Peillon se prononce pour la relance de l’UpM et un plan Marshall de l’UE pour l’EuroMed

Paris - La Méditerranée (ou plutôt son absence) dans la campagne de l’élection présidentielle en France, tel était le thème de la rencontre-débat organisée par l’IPEMED en coopération avec l’Académie diplomatique internationale (ADI) et de l’hebdomadaire panafricain « Jeune Afrique », vendredi 30 mars 2012 à Paris. Bonne nouvelle pour les « Méditerranéistes » : au vu des déclarations (...)

Villes - Pays - Régions

Pr A. Mebtoul : Le (triste) bilan socio-économique de l’Algérie à la fin 2011 (50 ans d’économie algérienne, Ch. III)

Alger - Dans ce troisième volet (1) de son étude sur cinquante ans d’économie algérienne, le professeur Abderrahmane Metboul met en lumière certains artifices relatifs à l’évaluation officielle du PIB, des taux de chômage et d’inflation, démontrant en quoi ils sont biaisés. Il explique aussi comment s’articule le triptyque infernal de l’économie informelle, de la rente pétrolière et (...)

Maroc - Suicide d’Amina : déjà 771 000 signataires d’une pétition contre les violences faites aux femmes

Rabat - Samedi 10 mars 2012, Amina Filali, jeune fille marocaine de 16 ans violée, battue et obligée d’épouser son violeur, s’est donnée la mort – le seul moyen à ses yeux d’échapper au piège que lui ont tendu son violeur et la loi. Des milliers de Marocain(e)s ont manifesté pour réclamer une véritable réforme et le mouvement international citoyen Avaaz.org a lancé une pétition pour (...)

Investir en EuroMéditerranée

Grand Lyon : la BEI libère la seconde tranche du prêt de 300 M € pour la rénovation urbaine

Lyon - Gérard Collomb, Président du Grand Lyon, et Philippe de Fontaine Vive, vice-Président de la Banque européenne d’investissement (BEI) ont signé, lundi 19 mars 2012, la deuxième tranche du contrat de prêt destiné au financement de la rénovation urbaine du grand Lyon, soit 150 M € sur un total de 300 M € à savoir 150 millions d’euros (100 M € ayant déjà été mobilisés l’an (...)

L’Ile-de-France obtient un prêt de 200 M € de la BEI pour des infrastructures durables et performantes

Paris - Jean-Paul Huchon, Président de la Région Ile-de-France, et Philippe de Fontaine Vive, vice-Président de la Banque européenne d’investissement (BEI) ont signé le 16 mars 2012 à Paris une convention de prêt de 200 M € destinés à financer les infrastructures qui permettront d’améliorer la desserte en tramway, de la proche banlieue parisienne. Photo ci-dessus, de gauche à droite (...)

Entreprises & Marchés

Étienne Pauchant - META : Quelques pistes pour contrer l’érosion de la part mondiale du tourisme euromed

Sophia Antipolis - Dans la note de conjoncture 2011-2012 qu’il vient de rendre publique, Étienne Pauchant, Président-Fondateur de META (Mediterranean Travel Association), analyse dans le détail l’état et les tendances de l’activité du secteur du tourisme sur l’ensemble des pays riverains de la Méditerranée. Dans la seconde partie de la note, intitulée « Quelques pistes pour 212 », Étienne (...)

Tribune Libre, par Étienne PAUCHANT, Président Fondateur de META

Le tourisme méditerranéen en quête de reconquête

Sophia Antipolis - Après une année 2011 très bousculée par une crise économique polymorphe en Europe et par l’incertitude qui souffle encore sur le tourisme des rives Sud et Est méditerranéennes, les premiers scénarios concernant 2012 ont été établis à l’occasion de l’ITB, le Salon du tourisme de Berlin, qui s’est tenu du 6 au 10 mars 2012. Ils confirment des départs en vacances cette année, (...)

Voyages et Art de Vivre

Thalasso et Spa Télès de l’hôtel Royal Kenz à Port el Kantaoui : en Tunisie, le bien-être dans un bel écrin

El Kantaoui - À 3 heures de Paris, aéroport de Monastir en Tunisie. Puis par la route, rendez-vous à Port El Kantaoui (à 33 km). Cette petite station balnéaire méditerranéenne verdoyante (on l’appelle aussi le Port Jardin !) est nichée dans le golfe d’Hammamet le long de longues plages de sable fin et proche de Sousse (à 7 km), la troisième agglomération du pays. Surnommée la perle du (...)

Thalasso et Spa : Les bons plans bios et détox 2011 de Thalazur à Bandol, sur la Côte d’Azur

Bandol - Fin de partie pour l’hiver, voilà le printemps et ses envies… d’un séjour zen et revitalisant dans un lieu chic et décontracté ? À Bandol, la thalassothérapie & Spa Thalazur a rouvert ses portes après une rénovation complète très réussie en 2010. C’est beau, chic, bio et détox ! Pour les femmes, et les hommes aussi… Photo ci-dessus : le site du centre de thalasso Thalazur, (...)